Grand artisan de la réforme fiscale adoptée par le Bundesrat, le ministre allemand des Finances, Hans Eichel, est un gestionnaire devenu fin stratège et personnage-clef du gouvernement Schröder. Le grand argentier, qui faisait pâle figure auprès de la forte personnalité d’Oskar Lafontaine dont il a pris la succession en avril 1999, a su s’imposer grâce à «la plus grande réforme fiscale de l’histoire de l’Allemagne». Réputé pour son ouverture aux thèses écologistes et antinucléaires, M. Eichel a su manœuvrer avec l’opposition conservatrice et s’attirer les bonnes grâces de l’industrie allemande à travers cette réforme dont il a fait un enjeu majeur. Le ministre des Finances social-démocrate a ainsi rappelé à de multiples reprises aux conservateurs, peu pressés de voir son projet adopté, que l’économie allemande, la plus importante de l’Europe, en avait «besoin» et «vite». Répétant à l’envi qu’il ne ferait plus de concessions, M. Eichel a finalement lâché du lest en accordant quelques milliards de marks de réductions supplémentaires pour gagner des voix dans l’opposition, afin d’entériner la réforme avant la pause d’été parlementaire, comme il l’avait prévu. Avant d’accéder à la tête du ministère des Finances, M. Eichel avait été pendant huit ans chef du gouvernement de l’État régional (Land) de Hesse. En février 1999, soit deux mois avant sa nomination, il avait été battu alors que la région de Francfort (centre-ouest) est traditionnellement acquise aux sociaux-démocrates et aux Verts. Cette défaite n’a pas seulement coûté la direction du Land. Elle a aussi privé le gouvernement de Gerhard Schröder de la majorité absolue au Bundesrat. M. Eichel a grandi dans une famille protestante libérale aisée – son père était architecte – et a fait des études d’allemand, de sciences politiques, de philosophie et d’histoire, avant de devenir professeur de lycée. Son engagement politique de jeunesse ira d’ailleurs au camp de Konrad Adenauer, la grande figure de la démocratie-chrétienne allemande d’après-guerre. En 1964, à 23 ans, il s’inscrit au SPD puis se lance en politique à Kassel, sa ville natale de la Hesse, dont il deviendra maire à 34 ans en 1975. Il la dirigera jusqu’à son arrivée à la tête du Land début 1991. Il est membre de la direction du SPD depuis 1984. M. Eichel a été le premier maire d’une grande ville allemande à établir des ponts avec les écologistes en 1981, pour pallier l’érosion de sa majorité municipale d’ailleurs composée depuis 1985 d’autant de femmes que d’hommes. En 1989, il prend la direction du SPD en Hesse, alors brièvement dans l’opposition, mais sans convaincre alors les commentateurs politiques. Il a le «charisme d’une nouille», écrira la Tageszeitung, «le charme d’un fonctionnaire de la Sécu», ajoutera le grand quotidien de Francfort, la Frankfurter Allgemeine Zeitung. Passionné d’architecture, métier exercé par son père, il est marié à une journaliste et a deux enfants.
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