Les étudiants de la Cité universitaire de Téhéran étaient hier abasourdis par un jugement innocentant les policiers qui avaient donné l’assaut à leur dortoir en juillet 1999. «C’est incroyable, inimaginable. Ceux qui nous ont attaqués sont acquittés et mon ami qui a brandi la chemise ensanglantée d’un étudiant est en prison», s’insurge Ali-Reza, 22 ans, étudiant en anglais. Ils sont une vingtaine à attendre l’autobus, sous la canicule, avenue Karegar, à l’endroit précis, où l’unité spéciale de Farhad Nazari a attaqué, le 8 juillet 1999, les étudiants qui protestaient dans l’enceinte de la Cité universitaire contre la fermeture du quotidien réformateur Salam, et soutenaient le président Mohammad Khatami. «Nous avons été attaqués. Le ministère de l’Intérieur a reconnu son erreur, Nazari (le chef de la police de Téhéran) a été limogé, et pourtant, le tribunal militaire nous désigne comme coupables alors que les policiers sont acquittés. Cela ne peut être accepté, cela ne passera pas», ajoute Karim, 23 ans, lui aussi étudiant en anglais. Mais une réaction «immédiate» en cette période de vacances leur paraît impossible. «Il n’y a presque personne à la cité. Nous réagirons, mais à la rentrée ou à la prochaine commémoration», assure-t-il. «Ils ont annoncé ce verdict injuste sur lequel ils ne reviendront pas, une fois passée la date fatidique du 8 juillet (commémorée samedi par les étudiants) et pendant que le président Khatami est en Allemagne», relève Mohsen, 21 ans, étudiant en droit des affaires. «J’étais là il y a un an. Il n’y avait non pas 34 blessés (chiffre officiel) mais des centaines. Beaucoup ont été découragés de porter plainte en raison des risques encourus», assure-t-il. Évoquant ses souvenirs personnels de cette journée, qui a précédé cinq journées quasi insurrectionnelles qui ébranlèrent le régime islamique, il affirme que «les étudiants ont empêché un assaut du dortoir des filles», qui était imminent. Une étudiante en gestion administrative, Sussan, 22 ans, rencontrée avenue Enghelab, tout près de l’université, exprime sa «frustration et sa colère» en raison de ce jugement qui, assure-t-elle, «ne l’a pas du tout surprise». «Il y a une démobilisation des étudiants. Ces jours-ci, plusieurs réunions pour évoquer les événements de l’an dernier ont été annulées. Je suis certaine qu’il ne se passera malheureusement rien, du moins d’ici à la rentrée», dit-elle. Sussan raconte qu’elle a été elle-même blessée pendant les manifestations de l’an dernier. «J’ai été prise en photo. J’ai un dossier qui risque de compromettre ma licence», explique-t-elle en ajoutant qu’après la fin des émeutes, elle avait été «contrainte de participer à une manifestation en faveur du régime». Le tribunal militaire de Téhéran a acquitté mardi 19 policiers et l’ex-chef de la police de la capitale iranienne qui avaient été poursuivis à la suite d’un violent assaut contre des étudiants qui protestaient contre la fermeture du quotidien réformateur Salam il y a un an. Un seul policier qui avait refusé d’obéir à l’ordre d’attaquer les étudiants a été condamné à deux ans de prison ferme. Cet assaut avait provoqué des manifestations d’étudiants à Téhéran et dans plusieurs villes d’Iran qui avaient fait deux autres morts, selon les autorités et quatre selon la presse. Elles avaient été réprimées le 13 juillet par les Bassidjis, miliciens islamiques, placés sous l’autorité du guide de la République islamique, l’ayatollah Ali Khamenei.
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