Le retrait israélien du Liban Sud a modifié les donnes politiques et militaires entraînant un changement fondamental dans les règles du jeu. La mort du président syrien Hafez el-Assad n’a fait qu’accroître les interrogations concernant les dossiers-clés de la région, dont celui des réfugiés palestiniens au Liban. L’évocation par Beyrouth de «la bombe à retardement» que constitue la présence des réfugiés palestiniens a relancé les spéculations sur une reprise des opérations militaires à partir du Sud. Mais aussi bien le Fateh de Yasser Arafat que le FDLP de Nayef Hawatmeh semblent exclure une telle éventualité, la lutte armée, en cas d’échec des négociations de paix, devant se faire de «l’intérieur», dans les territoires palestiniens. Interrogé par l’Orient-Le jour, le responsable du Fateh et de l’OLP au Liban, Sultan Abou el-Aynaïn s’est expliqué sur les nouvelles donnes au Liban-Sud. Retranché dans le camp de Rachidiyé, dont il ne sort plus depuis sa condamnation à mort par la justice libanaise en octobre 1999, Abou el-Aynaïn, connu pour son franc-parler, évite, dans un premier temps, de répondre clairement au sujet d’une éventuelle reprise des opérations militaires menées cette fois-ci, au nom de la cause palestinienne. «Celui qui décide de la reprise de la résistance, c’est Israël lui-même» affirme le responsable du Fateh au Liban. «Si ce dernier s’obstine à ne pas reconnaître nos droits, il aura décidé de notre attitude à venir». En d’autres termes, dit-il en substance, si les Israéliens ne restituent pas les territoires occupés en 1967, si Jérusalem n’est pas déclarée capitale d’un État palestinien, et si le droit au retour des réfugiés est toujours occulté, «nous serons, une fois de plus, prêts à la résistance armée». Mais, dit-il en nuançant ses propos, cela ne se produira que lorsque tous les choix pacifiques auront été épuisés. Des opérations seraient-elles alors lancées à partir du Sud ? Et la résistance palestinienne servirait-elle, une fois de plus, de carte politique aux mains de la Syrie ? Tout d’abord , dit-il, il n’y pas d’opérations palestiniennes au Liban-Sud dissociées de la résistance à l’intérieur de la Palestine. «Si Israël persiste dans son refus des droits palestiniens, à ce moment-là tous les fronts s’embraseront et non seulement au Liban-Sud, affirme Sultan Abou el-Aynaïn. Néanmoins, le déclenchement des opérations se produira en Palestine même». Pour le responsable du Fateh, la paix viendra nécessairement de la terre palestinienne, tout comme la résistance ne serait déclenchée «qu’à partir de la Palestine». À la question de savoir s’il est réaliste d’envisager une résistance à partir du territoire libanais, surtout si le Hezbollah y est opposé, Abou el-Aynaïn devient plus explicite et répond en ces termes : «Nous avons toujours dit qu’une résistance qui ne serait pas bien étudiée et qui pourrait entraîner des conséquences négatives et des souffrances au peuple libanais, ne peut être envisagée. Mais si les choix pacifiques sont éliminés, qu’est-ce qui nous reste ? s’interroge-t-il en précisant toutefois que le Fateh tient «à ce qu’il n’y ait aucun problème ou crise de confiance avec le gouvernement libanais. Nous (le Fateh) sommes différents des autres mouvances palestiniennes. Nous ne nous sommes à la solde de personne, précise-t-il, en faisant allusion aux dissidents palestiniens alliés à la Syrie. Les seules directives que nous recevons viennent d’Arafat». «S’il n’y a pas de résultats tangibles à quoi servirait alors la poursuite des négociations», s’interroge Abou el-Aynaïn, en élevant la voix, estimant que la «rupture» sera alors inévitable. «Notre peuple nous demande l’arrêt des négociations, car sept ans après il s’est rendu compte que Oslo n’a pas répondu à nos attentes. Ce n’est pas l’accord pour lequel nous avons combattu durant des années». Sultan Abou el-Aynaïn écarte par ailleurs, l’éventualité de problèmes sécuritaires à l’intérieur même des camps affirmant qu’il ne peut y avoir «un équilibre de la terreur dans les camps», du fait même de la supériorité numérique et militaire dont jouit le Fateh. «Au Sud, personne ne peut nous égaler», dit-il. «Quant aux camps palestiniens du Nord, nous n’y avons pas de force armée, mais nos partisans y sont nombreux». Et Abou el-Aynaïn d’ajouter : «Il n’existe pas de forces d’opposition (dans ces camps) qui aient la capacité de modifier l’équation actuelle. Encore une fois, l’équilibre de la terreur n’est pas permis à l’intérieur des camps, car nous n’avons nulle part ou aller». Pour en revenir à la situation au Liban-Sud, le responsable du Fateh exclut, pour le moment, une reprise des attaques contre Israël. «Toute affirmation dans ce sens relèverait de la spéculation ou traduirait une simple intention de démonstration de force», tient-il à préciser. Son message est-il adressé à la Syrie ? Sur ce point Abou el-Aynaïn fait bien la part des choses Il sait pertinemment qu’il est en train de s’aventurer en terrain miné. Depuis bien longtemps, les Syriens ne sont plus ses amis. Depuis «qu’ont a essayé d’attenter à ma vie (à dix reprises), puis à celle de mes filles». D’ailleurs, à aucun moment il ne dément le désaccord majeur qui oppose l’OLP aux «frères syriens». De même qu’il ne renie pas les dissensions à l’intérieur des factions palestiniennes qui ont fini, selon lui – la Syrie aidant – par miner l’unité du mouvement de résistance palestinienne. Contrairement à ceux qui, dans le passé, ont eu des différends avec la Syrie, son avis sur la présence syrienne au Liban, reste clair, et son effort d’objectivité appréciable. «Mon opinion à ce sujet n’est pas valable, dit-il. Entre moi et la Syrie il y a une crise de confiance. Cela ne me donne pas le droit de m’exprimer à ce propos, car je ne saurai être objectif. Mais je crois que j’ai répondu d’une manière indirecte». Parler de la crise de confiance entre les Palestiniens du Fateh et les Syriens, revient à poser le problème de la manipulation des factions palestiniennes opposées au Fateh et à l’OLP et à soulever la question de l’unité des rangs palestiniens dans les camps incapables de former un front soudé face à Israël. «Nous respectons l’opposition qui émane d’une volonté proprement palestinienne, dit-il. Mais je ne dirais pas la même chose de l’opposition qui surgie sous l’effet d’une pression et d’une hégémonie extérieures». Selon Abou el-Aynaïn une éventuelle activité palestinienne à la frontière libano-israëlienne resterait limitée et ne concernerait que les factions qui sont dans la mouvance syrienne. Bref, l’éventualité d’une résistance armée n’est envisagée, théoriquement, qu’en dernier recours, et pas nécessairement à partir du Liban. Sur le plan pratique, si les discordes interpalestiniennes rendent difficile l’unification du front palestinien au Liban , le Fateh reste pour sa part, immunisé contre les tentatives de dissidence, ayant clairement exprimé sa fidélité à Arafat, et son attachement aux négociations. Le gel du dossier syro-israélien après le décès de Hafez el-Assad servirait peut-être de catalyseur aux négociations israélo-palestiniennes. Mais encore faut-il que celles-ci aboutissent.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le retrait israélien du Liban Sud a modifié les donnes politiques et militaires entraînant un changement fondamental dans les règles du jeu. La mort du président syrien Hafez el-Assad n’a fait qu’accroître les interrogations concernant les dossiers-clés de la région, dont celui des réfugiés palestiniens au Liban. L’évocation par Beyrouth de «la bombe à retardement» que constitue la présence des réfugiés palestiniens a relancé les spéculations sur une reprise des opérations militaires à partir du Sud. Mais aussi bien le Fateh de Yasser Arafat que le FDLP de Nayef Hawatmeh semblent exclure une telle éventualité, la lutte armée, en cas d’échec des négociations de paix, devant se faire de «l’intérieur», dans les territoires palestiniens. Interrogé par l’Orient-Le jour, le responsable du Fateh et de...