Une crise humanitaire est en cours en Sierra Leone, où plus de 90 000 civils ont fui les combats, alors que l’insécurité menace l’acheminement de nourriture vers les lieux où ils se sont réfugiés, selon des sources humanitaires. «Ces gens ont été déplacés en pleine saison de semailles et leur nombre augmente chaque jour», explique Aya Schneerson, du Programme alimentaire mondial. Selon le Pam, plus de 50 000 déplacés se trouvent dans la région de Port Loko (70 km au nord de la capitale Freetown), nécessitant nourriture et médicaments. Mais des affrontements jeudi dans cette zone ont empêché l’agence onusienne de procéder à une opération de ravitaillement prévue depuis deux semaines. «On attend que ce soit assez sûr pour y aller, et tout d’un coup l’insécurité règne de nouveau. C’est vraiment un cauchemar, c’est très difficile de savoir ce qui se passe réellement, comment ils (les déplacés) vont être affectés», indique Aya Schneerson. Car en dépit des déclarations de la Mission des Nations unies (Minusil) qui affirme contrôler la situation, aucune garantie en matière de sécurité ne semble pouvoir être donnée hors de la péninsule de Freetown. Une autre concentration de déplacés, qui ont fui le nord du pays dans la crainte de combats entre forces rebelles et gouvernementales, se trouve à «Mile 91» à quelque 130 kilomètres à l’est de la capitale. Or, l’Onu a annoncé ne plus considérer «sûre» la route menant de Freetown à Mile 91, situé à la limite nord du territoire contrôlé par les forces gouvernementales, qui tiennent pourtant des check-points le long de la route. «Il y a un problème d’accès (aux réfugiés) qui va constituer un problème de plus en plus important», souligne Aya Schneerson. Le fait que la crise actuelle survienne en période de semailles renforce les craintes pour l’avenir, la crise alimentaire risquant de se répercuter sur l’année prochaine, amplifiant la pénurie. «Traverser une crise pareille alors que les gens devraient être chez eux en train de semer est très grave. Comment vont-ils faire l’an prochain, comment vont-ils faire dans les prochains mois ? Nous espérions ne pas nous retrouver dans cette situation», poursuit la représentante du Pam. Car l’objectif du Pam était justement de chercher à aider les populations à atteindre l’autonomie alimentaire. Mais l’organisation se retrouve de nouveau à gérer la crise. Certains déplacés réussissent à gagner Freetown, mais là aussi, les problèmes sont légion. Dans le quartier de Wellington, 14 000 personnes s’entassent dans un camp. 3 000 sont arrivées au cours du dernier mois, mais certaines y vivent depuis bientôt un an et demi. Il n’y a qu’une clinique dans le camp, dirigée par Nancy Bangura, qui explique recevoir plus de 100 patients chaque jour. Et les derniers arrivants ne reçoivent aucune aide alimentaire. «Des parents ou voisins les nourrissent, les aident, mais aucune ONG n’est encore venue», dit Mensah French, directeur – adjoint du camp.
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