Un siècle après sa création, la maison Alfred Dunhill vient de lancer une campagne de recherche mondiale de ses créations passées. C’est dans les dernières années du XIXe siècle qu’Alfred Dunhill prend les rênes d’une chancelante entreprise familiale. Ses parents, selliers, fabriquaient des harnais, et l’invention de l’automobile ne promettait pas un avenir doré au jeune héritier. Conscient du fait, celui-ci opte pour le progrès. Au lieu des harnais, il fabriquera, à partir d’imposantes réserves de cuir léguées par ses parents, des accessoires pour les amateurs de ces nouveaux engins de circulation... Il propose donc des manteaux de cuir, des lunettes protectrices, des casquettes, des protège-phares et des klaxons. Il invente même une montre à accrocher au tableau de bord et des pipes revêtues de cuir, équipées de protège-vent, «permettant de les garder allumées», à l’intention des conducteurs de «décapotables»... Le succès de ces articles fut tel qu’en 1923, Dunhill passa des harnais et des pipes aux briquets. Le briquet, initialement prévu pour automobilistes, fonctionnait d’une seule main. La légende veut qu’Alfred Dunhill le mit au point à l’intention d’un proche ami manchot, mais son succès auprès des fumeurs fut tel qu’on enterra bien vite la raison de son invention. Happé par la mode, «le Dunhill» devint accessoire de luxe et de prestige: en argent, en or, émaillé, serti de pierre. L’époque «Arts déco» battait son plein, occasion à ne pas rater pour la maison Dunhill qui installe une boutique à Paris, rue de la Paix... Le tabac en France étant un monopole d’État, Dunhill diversifie sa gamme en multipliant les accessoires «grand luxe» et les «gadgets»: la montre-briquet à porter à la ceinture, la ceinture pour amateur de jardinage avec montre, briquet et porte-papiers, le légendaire «Vanity Case» pour dames, précieux nécessaire de toilette pour dames voyageuses, le sac à main en croco, dont l’intérieur s’éclaire en l’ouvrant. Chaque année apporte une nouvelle moisson d’articles inattendus, luxueux et infiniment pratiques. Jamais à bout de souffle, Alfred Dunhill crée, met au point, innove sa collection s’étend, suit le temps, les goûts... Quand vint la guerre, les trésors se dispersèrent aux quatre vents, par la force des choses. Aujourd’hui, au musée Alfred Dunhill de Londres, on peut admirer les précieuses reliques sauvées des eaux tumultueuses de l’Histoire. Son conservateur cependant a lancé un appel dans la presse et une campagne de recherche des anciennes créations Dunhill. Les archives de la vénérable maison ayant été détruites durant la Seconde Guerre mondiale, seuls les objets peuvent témoigner de son Histoire... Il paraît que parmi les pièces proposées on compte une boîte à manches pour la pêche et une paire de jumelles destinées à repérer les policiers de loin, en cas d’excès de vitesse... Mais le plus émouvant des témoignages est celui, anonyme, reçu par la poste: un petit sac du soir accompagné d’un billet: «Quelqu’un de cher me l’avait offert en 1927... C’est si vieux tout ça... With Love...»
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