Bagdad s’en est pris hier au secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, et à son programme humanitaire en Irak à la veille de sa reconduction, estimant qu’il ne servait qu’à perpétuer l’embargo et à couvrir le «génocide» du peuple irakien. «La reconduction du programme permet aux agresseurs de se dérober à la responsabilité du génocide commis contre le peuple irakien et de le maintenir sous embargo», écrit le quotidien As-Saoura. Le journal, organe du parti Baas au pouvoir, affirme que la reconduction prévue de l’accord pétrole contre nourriture «vise, comme la résolution 1284, à nous ramener à la case départ». Cette résolution, votée en décembre 1999 et rejetée par Bagdad, prévoit une suspension des sanctions en vigueur contre l’Irak si ce pays coopère «pleinement» avec un nouvel organisme de l’Onu chargé de le désarmer. «Les plans et les solutions proposés par l’Onu ne servent que les objectifs des États-Unis visant à poursuivre l’agression contre l’Irak et à le maintenir dans un isolement politique et économique», poursuit As-Saoura. Il s’en prend en outre au secrétaire général de l’Onu Kofi Annan qui a affirmé le 2 juin que le nouvel organisme chargé de désarmer l’Irak, l’Unmovic, avait pris «un bon départ». «La satisfaction de Kofi Annan est complètement incompréhensible, sauf s’il s’intéresse uniquement aux détails de procédure sans tenir compte de leur utilité pour résoudre le problème de l’Irak», affirme le journal. «En faisant l’éloge de l’Unmovic ou en appelant à une amélioration du programme humanitaire, l’Onu ne peut sortir de l’impasse dans laquelle elle se trouve» au sujet de l’Irak, poursuit-il. Commentant une proposition britannique de reconduire le programme humanitaire pour 12 mois au lieu des six mois habituels, le journal affirme que cette suggestion «prouve que le programme sert avant tout l’objectif américain de maintenir l’embargo le plus longtemps possible». Selon As-Saoura, la phase VII du programme, qui expire jeudi, «n’a pas satisfait les besoins élémentaires du peuple irakien». Le journal relève que les recettes pétrolières de l’Irak lors de la phase actuelle du programme ont atteint le montant record de 8,5 milliards de dollars, mais que le volume de produits de première nécessité qu’il a reçus «n’a pas dépassé celui de la phase VI, qui a été la plus mauvaise», depuis l’entrée en vigueur de cette dérogation humanitaire en 1996. Selon le journal, les exportations pétrolières ont généré depuis la mise en œuvre du programme plus de 25 milliards de dollars alors que la valeur des marchandises dont l’Irak à pris livraison n’a totalisé que 6,85 milliards de dollars. Les sommes prélevées par l’Onu lors de la même période, notamment pour financer ses activités en Irak et dédommager les victimes de la guerre du Golfe, ont atteint 8,6 milliards de dollars. «Est-ce que ces statistiques reflètent une volonté de l’Onu d’améliorer la situation humanitaire en Irak ?», s’interroge ironiquement As-Saoura. Les responsables irakiens critiquent régulièrement l’accord, affirmant qu’il ne doit devenir une alternative à une levée de l’embargo exigée par Bagdad. Il a été reconduit par l’Onu chaque semestre, mais l’Irak laisse planer à chaque fois le doute sur sa position, allant parfois jusqu’à suspendre ses exportations, avant de finir par accepter les reconductions successives. Des diplomates à Bagdad ont estimé mardi que la prorogation du programme par le Conseil de sécurité, prévue jeudi soir, devrait être acceptée sans accroc par l’Irak qui a déjà fait savoir qu’il ne suspendrait pas ses exportations de brut à l’expiration de la phase actuelle.
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