Accordée avant la mort de son père mais publiée ensuite, l’interview de Bachar el-Assad à la revue ach-Chark al-Awsat prend valeur de déclaration d’intentions. Le volet qui concerne le Liban est passé au crible à Beyrouth où l’on s’attarde plus particulièrement sur les points suivants : – D’abord, l’affirmation que le retrait israélien du Sud n’implique pas le désarmement du Hezbollah. Car, dit Bachar el-Assad, si le problème de l’occupation du Sud est maintenant résolu, il en reste bien d’autres. Et la confrontation reste marquée par des étapes essentielles, dont un règlement pour l’opération de paix régionale ou la question des réfugiés palestiniens. La situation dans les camps armés du Liban constitue, souligne le Dr Assad, une bombe à retardement qu’on ne peut désamorcer que dans le cadre d’un accord de paix global. De ces propos, il ressort que, selon le Dr Bachar el-Assad, le Hezbollah et les autres groupements qui constituent la Résistance, mais également les Palestiniens des camps du Liban, doivent rester armés jusqu’à la conclusion d’un règlement de paix général. Accord qui passe, évidemment, par la restitution du Golan, mais aussi par le traitement du cas des réfugiés palestiniens, celui du partage des eaux et d’autres problèmes en suspens. – Le deuxième point crucial est que, selon le Dr Bachar el-Assad, les forces syriennes, entrées au Liban avant l’invasion israélienne, «sont devenues partie intégrante de l’impératif de paix civile» dans ce pays. Dans les derniers moments de son dauphinat, le Dr Assad répétait après son père que les Syriens «ne se trouvent pas au Liban pour le plaisir d’y rester». «Les forces syriennes, soulignait-il, sont entrées, avant l’invasion israélienne, à la demande des autorités libanaises au moment où la guerre civile avait atteint un degré la mettant hors de contrôle de l’État libanais, dont l’existence même s’en trouvait menacée». Il ajoutait que par la suite, la présence des forces syriennes est restée une nécessité pour consolider la paix civile et assurer la sécurité au Liban «sans compter le soutien qu’elles apportaient face à l’occupation israélienne». Il redisait, comme son père, que les forces syriennes se retireraient dès que les autorités libanaises en feraient la demande. Cette position signifie qu’aux yeux du Dr Bachar el-Assad, il n’y a aucun rapport entre le retrait israélien du Sud et la présence militaire syrienne au Liban que justifie la protection de la paix civile. Quand les autorités libanaises jugeront que cette paix est suffisamment consolidée, que la sécurité intérieure est devenue solide et que le danger israélien s’est tout à fait dissipé, elles pourront demander à la Syrie de mettre fin à sa présence armée au Liban. Mais, bien entendu, ce constat de normalisation, qui implique également le désarmement du Hezbollah et des Palestiniens, n’est pas pour bientôt. Car dans la ligne suivie par le tandem Liban-Syrie, tout est conditionné par la conclusion d’une paix régionale globale. – À ce propos, le Dr Bachar el-Assad annonçait une éclaircie en précisant que «les contacts relatifs aux pourparlers ont repris, maintenant que le président Clinton a compris la position syrienne. Les frères et les amis jouent un rôle positif pour relancer l’opération de paix», indiquait-il, en référence sans doute aux médiations égyptienne et jordanienne. On sait en effet que le président Moubarak et le roi Abdallah ont multiplié les démarches, aussi bien auprès du président Clinton que de M. Ehud Barak, pour un redémarrage du processus sur les volets syrien et libanais aussi bien que sur le volet palestinien. Ces initiatives d’apaisement se sont poursuivies lors du décès du président Assad. Dans ce sens qu’il a été décidé de promouvoir une transition du pouvoir en douceur en Syrie, à l’ombre d’un calme régional accentué, notamment aux frontières israélo-syriennes et libano-israéliennes. L’attitude US De fait, les divers pôles étrangers cités ont multiplié les déclarations de soutien et d’encouragement au Dr Bachar el-Assad. Les États-Unis ont de la sorte décerné un satisfecit officiel à la Syrie pour le rôle positif et constructif qu’à leur avis, elle a joué afin que le retrait israélien du Liban-Sud se déroule dans le calme et sans secousses subséquentes. Washington a cependant tenu à souligner ensuite, toujours dans le clin d’œil adressé au nouveau maître de la Syrie, qu’il est très important que la situation reste calme et stable au Liban. Selon les cercles politiques locaux, les déclarations US sur le rôle positif de la Syrie dans le retrait israélien constituent un changement de cap, dans la mesure où, auparavant, Washington mettait l’accent sur le départ de toutes les forces armées non libanaises. Ces cercles estiment dans le même esprit que le satisfecit décerné par l’Administration Clinton à Damas représente un sec rejet de la motion présentée par des membres du Congrès américain pour réclamer le retrait des forces syriennes du Liban. De fait, on attribue à l’ambassadeur américain à Beyrouth, M. David Satterfield, des propos, tenus en privé, selon lesquels la demande de départ syrien, pour légitime qu’elle soit, n’engage pas l’Administration US qui a son analyse et sa stratégie propres, dictées par des intérêts vitaux, quant à la situation dans cette région du monde après le retrait israélien du Liban-Sud. Selon ses interlocuteurs locaux, le diplomate aurait précisé que chaque étape du processus de paix a ses contingences, rappelant que les forces internationales envoyées pour faire appliquer la 425 n’y sont parvenues qu’au bout de 22 ans. Selon les mêmes sources, M. Satterfield aurait soutenu que les forces syriennes, entrées au Liban il y a près d’un quart de siècle, ont certes accompli une partie de ce qu’on en attendait, mais qu’il leur reste à exécuter une autre partie de leur mission, que cela soit pour l’étape précédant l’opération de paix ou pour l’étape qui suivra l’accord.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Accordée avant la mort de son père mais publiée ensuite, l’interview de Bachar el-Assad à la revue ach-Chark al-Awsat prend valeur de déclaration d’intentions. Le volet qui concerne le Liban est passé au crible à Beyrouth où l’on s’attarde plus particulièrement sur les points suivants : – D’abord, l’affirmation que le retrait israélien du Sud n’implique pas le désarmement du Hezbollah. Car, dit Bachar el-Assad, si le problème de l’occupation du Sud est maintenant résolu, il en reste bien d’autres. Et la confrontation reste marquée par des étapes essentielles, dont un règlement pour l’opération de paix régionale ou la question des réfugiés palestiniens. La situation dans les camps armés du Liban constitue, souligne le Dr Assad, une bombe à retardement qu’on ne peut désamorcer que dans le...