Foudroyé par la mort de Hafez el-Assad, Qerdaha tâche à présent de préserver le moindre souvenir du président que ce village a donné à la Syrie et dont il récupérera le corps mardi. L’école, l’instituteur et les camarades d’école de Hafez el-Assad ont acquis une nouvelle importance en tant que dépositaires de la mémoire du village après le décès du président. L’instituteur Mohammad Ali Hassan est peut-être un des rares Syriens à avoir grondé Hafez el-Assad à part ses parents. Mais cet enseignant à la retraite, âgé de 86 ans, assure ne l’avoir jamais fait. «Sa conduite était exemplaire. Il avait de très bonnes notes», assure ce vieillard formé à l’École normale de Lattaquié dans les années trente, coiffé d’un turban typique du nord de la Syrie. Il tire aussi une fierté d’avoir été un ami de la famille. «Sa mère, Naïssa, Dieu ait son âme, avait confiance en moi. Elle venait chaque jour presque, m’interroger sur son fils», dit-il. «Et lui aimait beaucoup sa mère», se souvient-il, rappelant que le président a bâti une mosquée qui porte le nom de Naïssa dans le village après son décès il y a six ans. C’est dans cette mosquée au dôme bleu que la dernière prière pour l’âme d’Assad aura lieu mardi après-midi avant qu’il ne soit enterré dans un mausolée qui abrite la tombe de son fils aîné Bassel mort en 1994 dans un accident de voiture. Jamil al-Chindi secrétaire de la section locale du parti Baas indique qu’il y aura à Qerdaha des funérailles populaires. Mais il ne sait pas si la maison familiale d’Assad en pierre de taille beige, de deux étages, sera ouverte. Les grilles de la maison étaient fermées lundi, la famille se trouvant à Damas. Les maisons accrochées aux flancs de collines plantées d’oliviers étaient surmontées de drapeaux noirs et le collage des portraits du président se poursuivait à une cadence telle que la permanence du parti Baas commence à en manquer. Les magasins étaient fermés, mais les villageois ont ouvert leurs maisons pour les visiteurs qui ont commencé à affluer des localités environnantes. «J’ai passé la nuit à zapper. Peut-être qu’une télévision finirait par dire que ce n’est pas vrai et qu’il vit toujours», dit Mohammad Dib, un agriculteur du haut de son tracteur. Hamed al-Attar, 70 ans, invite les visiteurs à se reposer chez lui et leur raconte des souvenirs de son camarade d’école, le président. «Même quand il était petit, il était notre chef, c’est comme si je l’avais eu pour président depuis mon enfance», dit-il. À le croire, le président qui avait dû affronter beaucoup d’ennemis n’en avait aucun à l’école. «Tous l’aimaient, il était calme, il aimait beaucoup lire», assure-t-il. Il se souvient de l’école : «Deux salles au toit en bois au milieu d’un terrain de sable. En hiver, l’eau filtrait du plafond et nous poursuivions les cours dans les maisons des enseignants», ajoute-t-il. L’école existe et fonctionne toujours et les militants du Baas convient les journalistes à la visiter malgré ses murs salis et ses nombreux meubles cassés témoignant des difficultés économiques de la Syrie. La bourgade de 20 000 habitants connaît moins bien Bachar qui a grandi à Damas : «Il vient de temps à autre inaugurer des expositions et des activités culturelles et scientifiques et il s’enquiert de la situation du village», dit le secrétaire général local du parti Baas. «Le décès, ajoute-t-il, est un tremblement de terre qui a frappé la Syrie et la nation arabe. Ce qui diminue un peu notre peine c’est que la succession soit assurée par Bachar».
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