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Actualités - Chronologie

Le gène de la fidélité ... (photos)

Malgré soi, on pense à une plaisanterie... Historiens, anthropologues et biologistes avaient classé le problème : la fidélité est une invention sociale permettant au couple parental d’assurer la meilleure façon de transmettre ses gènes à une progéniture, à la fois ressemblante et différente, offrant une survie optimale à une descendance. À partir de là, on bâtissait des mythes et des tragédies, on composait des chefs-d’œuvre immortels, on mobilisait morale et code civil pour consolider autant que possible une manière acceptable d’assurer et de gérer la perpétuité de l’espèce. Lorsque la psychologie s’en mêlait pour rectifier le tir, on faisait appel à des interdits et des garde-fous qui imposaient des freins, permettant à l’institution du mariage de repeupler légalement la terre. Or voilà qu’une expérience de laboratoire vient ébranler cet édifice. On naît volage en portant un gène égrillard, selon lequel «variété fait beauté», surtout dans ce domaine... Des souris de laboratoire, particulièrement polissonnes, s’assagissent une fois greffées de la séquence d’un gène supplémentaire présent chez des souris fidèles et casanières. Des souris transgéniques porteuses du gène («de la fidélité») sont nées de cette expérience. Réalisée par des chercheurs américains, cette extraordinaire manipulation génétique a été rapportée, en détail, dans «Nature», la très sérieuse publication scientifique britannique. L’expérience, réalisée à l’Emory Unviversity d’Atlanta, portait sur deux espèces de souris : «le campagnol des prairies» et «le campagnol des montagnes». Le premier a un comportement paternel fort, il est monogame et très sociable. Le campagnol des montagnes est très volage et solitaire. Après avoir évoqué la responsabilité génétique dans la violence, l’alcoolisme, l’homosexualité, la criminalité, l’intelligence, la toxicomanie, voilà arrivé le tour de l’infidélité. Il convient, certes, d’arborer ce fait avec prudence et circonspection, sachant parfaitement que même si c’est bien le cas, il ne s’agit que d’un facteur «favorisant» et non pas une prédestination justifiant excès et galipettes... Le fait de disposer d’un gène favorisant un comportement donné ne signifie pas qu’on est inexorablement acculé ou voué à se comporter en conséquence. Toute personne a, pour plusieurs raisons, la possibilité de procéder autrement, imposant une barrière à ses pulsions. Un gène «négatif» ne voue pas un être à son esclavage. Mais la recherche et les travaux accomplis dans ce domaine aident à éclairer les hommes sur eux-mêmes en révélant des recoins obscurs et des facteurs ignorés entrant en jeu dans certains troubles psychiques ou du comportement dont on ne connaît pas encore l’origine. Le rôle de la « vasopressine » Dans l’expérience américaine en question, il a été mis en évidence que la fabrication d’une hormone, la «vasopressine», sécrétée par l’hypophyse (zone cérébrale centrale), agissant sur les capteurs de molécules disséminés dans le cerveau d’une espèce de souris («campagnol des prairies»), était conditionnée par un gène. En interdisant à la «vasopressine» (par des antihormonaux) l’accès aux capteurs cérébraux, le comportement amoureux débordant du mâle de cette espèce se réformait radicalement. De volage, il devenait fidèle et prévenant envers sa compagne et attentif à sa portée... La même injection chez l’autre espèce ne produisait aucun effet sur son comportement. Ce qui permettait de déduire qu’une différence génétique, entre les deux espèces, devait être à l’origine de cette différence marquée de comportement et de réaction à la «vasopressine». Des travaux ultérieurs ont démontré la pertinence de cette hypothèse. Une différence génétique Une différence génétique a été effectivement découverte entre les deux espèces. Chez le campagnol des montagnes, une séquence supplémentaire est absente. En transférant cette séquence manquante chez le rongeur des montagnes mâles, les chercheurs ont obtenu après trois générations des campagnols transgéniques porteurs de la séquence. Conclusion : le changement de l’expression d’un seul gène peut avoir un impact décisif sur l’expression d’un comportement donné. Si dans les années 70 du siècle qui vient de se terminer on aurait associé un comportement asocial avec un facteur génétique on aurait été aussitôt accusé d’eugénisme fasciste ou nazi. Mais les connaissances ont évolué depuis 1975, où l’entomologiste Edward Wilson, de l’Université de Harvard, avait déclenché un tollé apocalyptique par son ouvrage Sociologie, en soutenant que les comportements sont essentiellement dictés par les gènes. Aujourd’hui, on admet que chacune des cellules du corps humain contient environ 100 000 gènes. Sans être actif partout et en même temps, un gène peut s’activer dans certaines circonstances, produisant une protéine qui, elle-même, entraînera la production d’hormones. Même si, actuellement, études et contre-études sur l’inné et l’acquis et en particulier sur les gènes de la criminalité, de l’intelligence ou de l’homosexualité se succèdent et se multiplient, elles seraient réductrices.
Malgré soi, on pense à une plaisanterie... Historiens, anthropologues et biologistes avaient classé le problème : la fidélité est une invention sociale permettant au couple parental d’assurer la meilleure façon de transmettre ses gènes à une progéniture, à la fois ressemblante et différente, offrant une survie optimale à une descendance. À partir de là, on bâtissait des mythes et des tragédies, on composait des chefs-d’œuvre immortels, on mobilisait morale et code civil pour consolider autant que possible une manière acceptable d’assurer et de gérer la perpétuité de l’espèce. Lorsque la psychologie s’en mêlait pour rectifier le tir, on faisait appel à des interdits et des garde-fous qui imposaient des freins, permettant à l’institution du mariage de repeupler légalement la terre. Or voilà qu’une...