Les naissances de plus en plus fréquentes d’animaux sauvages en parcs zoologiques mettent les responsables de ces établissements devant un problème qui peut paraître paradoxal pour des spécimens appartenant à des espèces souvent rares dans la nature : la contraception. Il s’agit pourtant d’un problème bien réel, comme en témoignent les travaux du troisième congrès de l’Association européenne des vétérinaires de parcs zoologiques et de faune sauvage (EAZWV/European Association of Zoo and Wildlife Veterinarians), réuni de mercredi à dimanche au Muséum national d’histoire naturelle, à Paris, qui a choisi ce sujet parmi les principaux thèmes à débattre. «En raison de la diminution constante de leur habitat naturel, pour de nombreuses espèces animales menacées, les zoos jouent aujourd’hui un rôle d’arche de Noé», explique le Dr Françoise Claro, vétérinaire au parc zoologique de Paris-Vincennes et un des principaux organisateurs du congrès de l’EAZWV. Dans certains cas, les zoos peuvent ainsi contribuer de manière directe à éviter la disparition de certains animaux dans la nature. L’une des premières espèces concernées, il y a trente ans, fut le tigre de Sibérie. Alors qu’ils n’étaient que quarante environ à survivre à l’état sauvage, ces gros félins étaient dix fois plus nombreux en captivité, où ils se reproduisaient régulièrement. Ce fut le cas également plus récemment pour le tamarin-lion, minuscule singe sauvé au Brésil grâce à des spécimens provenant de zoos internationaux. Capacités limitées «Il ne s’agit pas d’aller chercher ces animaux dans la nature, insiste-t-elle, mais de les préserver en assurant une bonne gestion de l’élevage de leurs populations captives existantes. Comme les espaces disponibles en parcs animaliers ne sont évidemment pas indéfiniment extensibles non plus, ces dernières années, les programmes d’élevage nationaux et internationaux ont attiré l’attention sur les limites des capacités des zoos». Il est ainsi impossible de relâcher dans la nature des tigres qui ont été en contact direct avec l’homme et qui ne le craignent pas. En outre, si une espèce est devenue rare, c’est que son habitat est détruit ou qu’elle ne trouve plus assez de nourriture. Relâcher des fauves dans une région où il n’y a plus de gibier ne servirait à rien. La contraception devient alors nécessaire pour les tigres captifs, d’autant qu’il s’agit souvent d’hybrides de sous-espèces dont la reproduction n’apporterait rien à la conservation des espèces. «Tous les animaux des zoos ne font pas partie des espèces menacées, souligne le Dr Claro, et ce sont évidemment eux les premiers visés par la contraception, qui permet de les maintenir dans un nombre minimal, tout en garantissant la diversité génétique nécessaire de leurs populations réparties entre zoos. Les débats du congrès portent notamment sur cette question ainsi que sur les techniques de contraception (hormonale, intra-utérine, stérilisation...) les mieux adaptées à telle ou telle espèce». La contraception n’a toutefois pas seulement pour vocation d’arrêter la reproduction mais de permettre éventuellement de trouver le partenaire sexuel adapté à l’individu ou de laisser à une femelle le temps de se remettre d’une mise bas.
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