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Actualités - Chronologie

16.87 carats de Kono : 2750 dollars

C. est belge. Profession : acheteur de diamant. Signe distinctif : une loupe pliante en acier inoxydable attachée autour du cou. Il a appris le métier de diamantaire avec son père. Il a vécu plusieurs années en Angola, il était il y a un mois en Russie, «entre la Sibérie et la Mongolie». Il y a deux semaines, il était en Guinée pour une vente qui a fait plus de 4 millions de dollars. Une seule pierre brute, un «rose» de 16 carats, s’y est vendue pour 777 000 dollars, raconte-t-il. «C. ! on a du Kono qui arrive», le prévient son associé. Le vendeur entre, un Libanais. Les deux portes blindées et cadenassées de la «salle de vente» se ferment. Le vendeur sort un sachet de papier grand comme deux timbres-poste. C’est une feuille pliée au moins en seize. Dans le pli central, une trentaine de petites pierres que l’on pourrait confondre avec des éclats de verre ou des cristaux de sel. C. les verse directement dans un premier filtre tamisant. Les plus petites partent directement dans un coin : elles ne valent que pour l’industrie, pour fabriquer les trépans. Elles font l’objet d’une évaluation particulière. Chacune des plus importantes est pesée. Aujourd’hui, la plus grosse fait 2,7 carats, mais elle n’est pas belle. La plus belle fait 1,3 carat, elle vaut environ 650 dollars à elle seule, selon C. Elle fera deux jolis petits diamants une fois sciée, estime-t-il. Chacune des pierres de joaillerie est finement observée, à la loupe, puis à la lumière, dans le pli d’une carte de visite blanche, tapotée du doigt pour faire tressauter la pierre et l’observer sous un autre angle. Il faut déjà imaginer comment elle sera taillée, optimisée. Piquée par une pression d’un doigt, elle est posée sur le maroquin de papier blanc. Poussée, écartée, rapprochée par l’index agile, chaque pierre finit par rejoindre un lot. La pince, une sorte de longue pince à épiler, sert à séparer les lots, à aligner les pierres par ordre de valeur. Parfois, il faut une lampe de poche à lumière polarisante «pour déceler les tensions, les clivages». Une autre lampe vérifie la «fluorescence» de chaque pierre. Pour chaque grain, sur un papier, C. note le poids, la qualité, se réfère aux cours professionnels, multiplie, totalise. 16,87 carats en tout, 2 750 dollars. Le vendeur n’est en fait pas le vrai vendeur. Il est venu parce qu’on lui a proposé ces pierres, qu’il ne sait pas combien les payer. Il est prêt à les acheter à condition de les revendre. Il sait au moins contre combien de marchandises, compte tenu de sa marge, il pourra les troquer au vrai vendeur. Pour C., ce n’est pas grave. Peut-être que le vendeur reviendra. C. est volontiers cynique sur les prix et le «deal». Mais il admet volontiers que le cynisme n’est plus de rigueur lorsque sa femme lui demande des diamants. «J’achète ses bijoux à Anvers et là-bas, ce n’est pas moi qui fixe les prix».
C. est belge. Profession : acheteur de diamant. Signe distinctif : une loupe pliante en acier inoxydable attachée autour du cou. Il a appris le métier de diamantaire avec son père. Il a vécu plusieurs années en Angola, il était il y a un mois en Russie, «entre la Sibérie et la Mongolie». Il y a deux semaines, il était en Guinée pour une vente qui a fait plus de 4 millions de dollars. Une seule pierre brute, un «rose» de 16 carats, s’y est vendue pour 777 000 dollars, raconte-t-il. «C. ! on a du Kono qui arrive», le prévient son associé. Le vendeur entre, un Libanais. Les deux portes blindées et cadenassées de la «salle de vente» se ferment. Le vendeur sort un sachet de papier grand comme deux timbres-poste. C’est une feuille pliée au moins en seize. Dans le pli central, une trentaine de petites pierres que...