«J’ai pitié de mon père, détruit par le système soviétique», dit avec assurance Sergo Beria, fils du «boucher» de Staline Lavrenti Beria que la justice russe a refusé de réhabiliter et dont le nom reste synonyme de terreur 47 ans après sa mort. La Cour suprême russe a rejeté définitivement une demande de réhabilitation à titre posthume de Beria, chef le plus sanguinaire de la police secrète stalinienne (NKVD), exécuté le 26 juin 1953 pour haute trahison, conspiration, activités terroristes et viols. «La décision de la cour est tellement absurde que cela me fait rire : elle prouve que les autorités ne veulent toujours pas être confrontées à la vérité» du système soviétique «débile et inhumain», lance calmement Sergo, moustachu et obèse, âgé de 75 ans et vivant à Kiev, capitale de l’Ukraine. «Les accusations portées contre mon père sont des mensonges», relève-t-il encore souriant. «Sa mémoire est sacrée pour moi». «Oui, il est coupable d’avoir fait partie de ce pouvoir vicieux, mais on l’a forcé à devenir le chef du NKVD» (devenu KGB), affirme-t-il, soulignant que son père rêvait de devenir un simple architecte. «Il était très malheureux et j’ai pitié de lui car il n’a pas pu vivre la vie qu’il voulait», poursuit Sergo, auteur du livre Mon père Lavrenti Béria, publié en 1999 aux éditions Plon. Avoir comme père le chef de la police secrète n’était pas facile. «Le pire, c’était d’être surveillé en permanence. Faire l’amour avec ma femme, alors que notre chambre était bourrée de micros, m’était insupportable !», confie-t-il. Après l’exécution de son père, survenue au moment où il s’apprêtait apparemment à prendre le pouvoir, Sergo Béria, alors mathématicien et physicien, est emprisonné pendant 18 mois. «Ils me torturaient en m’empêchant de dormir pendant des jours pour tenter de m’arracher des aveux», se souvient Sergo. «Ils sont même allés jusqu’à mettre en scène ma propre exécution». «Sous les yeux de ma mère, ils m’ont traîné devant un peloton d’exécution dans la cour d’une prison pour qu’elle avoue les activités antisoviétiques de mon père», poursuit ce Géorgien d’origine qui a aujourd’hui la nationalité ukrainienne. Après sa libération en octobre 1954, Sergo reçoit un nouveau passeport portant le nom de jeune fille de sa mère, Gueguetchgori, et non plus celui de son père, Béria. «On m’a dit que c’était pour mon bien, pour me protéger de la colère populaire», ironise-t-il, expliquant que depuis on ne lui a jamais permis de reprendre le nom de son père. Sergo purgera 10 ans d’exil en Sibérie où ses connaissances scientifiques seront mises à profit dans une usine de missiles. Le fils du «boucher de Staline» devait collaborer avec le système pour regagner sa liberté. «Même quand je prenais un trolleybus pour aller au bureau, il y avait une voiture qui me suivait», explique Sergo, père de deux filles et d’un fils, nés de son mariage avec une petite-fille de l’écrivain Maxime Gorky.
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