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Actualités - Chronologie

La génération perdue

De tous les maux qui affligent la Birmanie, le pire est la paralysie du système éducatif par peur de l’agitation politique, qui a enfanté une «génération perdue» d’étudiants et grève l’avenir du pays. Les universités, viviers de la contestation antijunte, sont sporadiquement fermées depuis le soulèvement populaire de l’été 1988. Une décennie de promotions sacrifiées. Sans oublier les activistes étudiants emprisonnés ou exilés. Aux rares périodes d’ouverture ont rapidement succédé la répression, des campus déserts et de longs mois d’inactivité, à peine compensée par les petits boulots et les cours privés pour les étudiants les plus fortunés. La dernière révolte étudiante remonte à décembre 1996 et, en dépit des assurances officielles selon lesquelles «80 %» des universités ont été récemment rouvertes, l’enseignement supérieur est loin de fonctionner normalement. Certes, certains cours ont repris progressivement, mais généralement par correspondance (pour les deux tiers des étudiants), ce qui veut dire que les campus sont toujours vides. Amer, un père de famille parle d’«école virtuelle», où l’on passe des examens, où l’on obtient «un bout de papier» en guise de diplôme et «où l’on n’apprend rien». Certes, quelques milliers d’étudiants ont été autorisés depuis la mi-décembre 1999 à retourner en classe, parfois en ville mais la plupart dans de nouveaux instituts techniques situés en dehors des zones urbaines. Ainsi, des étudiants qui fréquenteraient normalement l’Institut de technologie de Rangoon (YIT) sont désormais accueillis dans des établissements neufs à une vingtaine de km du centre-ville afin d’y suivre les cours d’ingénierie. De ce fait, les autorités évitent toute concentration estudiantine au cœur des grandes villes, à Rangoon ou Mandalay, susceptible de provoquer des troubles. Elles démentent, bien sûr, que l’éparpillement des étudiants en dehors des villes soit dû à des raisons sécuritaires et arguent de la pénurie ou de la vétusté des locaux. «Il y a tellement de programmes qu’à cause de leur multiplication il faut ouvrir certaines universités en dehors des villes», affirme le vice-ministre de l’Éducation Myo Nyunt. Le ministre insiste sur le lancement d’un plan triennal de développement de l’éducation (2000-2003), sur la priorité accordée au multimédia – il n’est guère de semaine qu’un général n’inaugure une classe informatique (dans un pays où l’internet est censuré) –, sur le niveau des études «comparable aux autres pays de la région». Pourtant, à voir le peu d’empressement à rouvrir les campus et la «privatisation» de fait d’un système éducatif à vau-l’eau, on peut douter de la volonté du gouvernement de faire de l’éducation une priorité. Si la part des investissements devrait presque doubler dans les dépenses destinées à l’éducation, le budget de fonctionnement du ministère pour 2000-2001 est en léger recul. Les dépenses consacrées à l’éducation en Birmanie représentent un peu moins de 0,5 % du PIB contre 2,7 % en moyenne dans les autres pays de la région. L’opposition a beau jeu de fustiger la politique «élitiste» de sélection universitaire de la junte. En effet, quelques facultés sélectionnées (médecine) et des instituts de troisième cycle gérés par les militaires ont pu continuer à donner des cours ces dernières années aux étudiants qui pouvaient se le permettre. En outre, les classes privilégiées de la capitale envoient souvent leurs enfants suivre des études à l’étranger. Pour la dirigeante de l’opposition, Mme Aung San Suu Kyi, la junte n’a aucun scrupule à «sacrifier l’avenir» de la jeunesse birmane pour garder la mainmise sur le pouvoir. «Il nous faudra travailler très dur pour rattraper tous ces années perdues (...) parce que les dictatures n’ont aucun intérêt à l’éducation des peuples et préfèrent les maintenir dans l’ignorance et la soumission», a déclaré le prix Nobel de la paix.
De tous les maux qui affligent la Birmanie, le pire est la paralysie du système éducatif par peur de l’agitation politique, qui a enfanté une «génération perdue» d’étudiants et grève l’avenir du pays. Les universités, viviers de la contestation antijunte, sont sporadiquement fermées depuis le soulèvement populaire de l’été 1988. Une décennie de promotions sacrifiées. Sans oublier les activistes étudiants emprisonnés ou exilés. Aux rares périodes d’ouverture ont rapidement succédé la répression, des campus déserts et de longs mois d’inactivité, à peine compensée par les petits boulots et les cours privés pour les étudiants les plus fortunés. La dernière révolte étudiante remonte à décembre 1996 et, en dépit des assurances officielles selon lesquelles «80 %» des universités ont été...