Les ministres des Affaires étrangères et de la Défense de l’Union de l’Europe occidentale (UEO) vont discuter aujourd’hui lundi et demain mardi de la disparition de l’organisation qui va être vidée de sa substance d’ici à la fin de l’année au profit de l’Union européenne. L’UEO, seule organisation européenne actuellement compétente en matière de défense mais sans réel pouvoir, va transférer progressivement ses principales activités à l’UE, qui a décidé en décembre au sommet d’Helsinki d’assumer de nouvelles responsabilités en matière de sécurité et de défense. Les Quinze ont ainsi inauguré le 1er mars leurs propres organes politico-militaires (un comité politique et de sécurité, un comité militaire, et un embryon d’état-major), pour l’instant intérimaires, et ont décidé de se doter d’ici à trois ans d’une force de réaction rapide composée de 60 000 hommes. «L’UE veut s’appuyer fermement sur l’acquis de l’UEO. Elle entend aussi aller plus loin. Dès que l’UE sera prête, l’essentiel des fonctions actuelles de l’UEO seront transférées à l’Union, si bien que la plupart des activités quotidiennes de l’organisation cesseront», avait expliqué en février le secrétaire général de l’UEO, Javier Solana, devant des représentants de l’institut des hautes études de la Défense nationale en visite à Bruxelles. Concrètement, l’institut d’études et de sécurité de l’UEO installé à Paris et le centre satellitaire de Torrejon (Espagne) doivent passer sous l’autorité de l’UE début 2001. De son côté, l’état-major de l’UEO sera dissous une fois que l’état-major de l’UE sera mis en place, vraisemblablement au cours de l’année 2001. «L’UEO n’a en fait jamais vraiment existé», estime un diplomate européen sous couvert de l’anonymat. «L’organisation a souffert de trois handicaps : absence de légitimité politique, manque de crédibilité opérationnelle et de capacités militaires», ajoute-t-il. Et de prendre pour exemple l’occasion manquée de l’opération Alba en 1997 en Albanie, une coalition ad hoc ayant finalement été préférée à l’UEO pour mener cette mission. «L’UEO n’a surtout jamais été soutenue par une volonté politique. Cette organisation a toujours été paralysée», considère de son côté un responsable de l’UEO. L’organisation ne va toutefois pas complètement disparaître. Une structure UEO résiduelle devrait être maintenue pour veiller à la garantie de défense mutuelle inscrite dans le traité de Bruxelles en 1948. Cette garantie ne sera en effet pas transférée à l’UE, qui se concentrera sur les opérations de gestion de crise. Les six pays membres associés de l’UEO (Hongrie, Pologne, République tchèque, Turquie, Norvège, Islande), qui appartiennent aussi à l’Otan mais pas à l’UE, devraient profiter de cette réunion pour réclamer le droit de participer à la nouvelle politique de sécurité de l’Union en ayant les mêmes droits qu’à l’UEO. «Nous voulons participer aux organes politico-militaires. C’est une question vitale pour nous. La Turquie est une puissance significative qui ne peut être ignorée», explique un diplomate turc sous couvert de l’anonymat.
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