Ils travaillent à l’ombre des marches qu’ils ne grimpent jamais mais rêvent aussi de gloire, tout au moins de réussite : cinéastes en herbe, graines de scénaristes, ils sont quelques-uns à tenter chaque année leur chance au Festival de Cannes. Vincent Chabrillat, 28 ans, a débarqué sur la Croisette en provenance de New York avec une idée simple : trouver un producteur pour son scénario, L’Autre côté de la haie. L’histoire d’un septuagénaire qui décide, par rejet de sa solitude et de sa vieillesse, d’entraîner les jeunes de l’équipe de foot d’un petit village. Déterminé, le jeune homme a obtenu un congé sans solde auprès de son entreprise, Court TV, une chaîne de télévision spécialisée dans la retransmission de procès. Il s’est payé son «pass» (5 000 F), le sésame pour accéder au Marché du film, où se pressent pendant onze jours quelque 5 000 participants, dont plus de 2 200 acheteurs. «J’ai aussi l’accès libre aux grands hôtels et le bottin du festival, avec les numéros de portables de tous ceux qui comptent dans le cinéma», explique Vincent, qui a dû se doter de l’indispensable téléphone mobile, sa «secrétaire bis». Le scénariste n’a pas de bureau et loge chez des amis à 30 minutes de train de Cannes. Comme pour une candidature Dès 8h le matin, et souvent jusqu’à minuit, il épluche les listings des producteurs, leur filmographie, puis remplit patiemment son agenda de rendez-vous avant d’entamer sa tournée auprès de représentants de producteurs, parfois directement avec le «big boss». «Je suis parti avec l’idée que j’y allais comme pour une candidature à un job. Je suis ouvert à tout», dit ce jeune homme, à l’allure simple et décontractée. Malgré des études de cinéma à Paris, puis à New York, il confesse n’avoir «aucune relation» dans ce milieu et «aucune notion de comment cela se passe». «Pour le moment, l’accueil est excellent», se félicite Vincent, qui a déjà distribué bon nombre des 32 exemplaires de son scénario (107 pages). Même âge et même amour pour le cinéma, Sébastien Tarot se bat lui aussi pour vendre son travail, un court-métrage vidéo. Le temps du week-end, il a réussi à installer son Combi Volkswagen sur la Croisette. Le petit camion, métamorphosé en mini-salle obscure, est recouvert de carton invitant le public à venir visionner sa Chronique d’un festival sans accréditation. Dimanche, il a même fait une annonce sauvage lors d’une projection officielle de courts-métrages. «Il y a trois ans, raconte cet aide-éducateur dans un lycée d’Avignon, je suis venu à Cannes pour tourner un film en super-8 sur le mythe cannois. J’avais l’idée, naïve, que je pourrais filmer les vedettes, aller à leur rencontre, parler de cinéma». Faute d’y parvenir, il s’est contenté de «travailler sur l’antimatière : les anonymes de la rue, tout ce qui a de l’humanité». Pour lui, «Cannes est le pire endroit pour quelqu’un qui aime le cinéma. C’est la prépondérance de l’argent, de l’artificiel et du clinquant. Complètement grotesque et inhumain».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Ils travaillent à l’ombre des marches qu’ils ne grimpent jamais mais rêvent aussi de gloire, tout au moins de réussite : cinéastes en herbe, graines de scénaristes, ils sont quelques-uns à tenter chaque année leur chance au Festival de Cannes. Vincent Chabrillat, 28 ans, a débarqué sur la Croisette en provenance de New York avec une idée simple : trouver un producteur pour son scénario, L’Autre côté de la haie. L’histoire d’un septuagénaire qui décide, par rejet de sa solitude et de sa vieillesse, d’entraîner les jeunes de l’équipe de foot d’un petit village. Déterminé, le jeune homme a obtenu un congé sans solde auprès de son entreprise, Court TV, une chaîne de télévision spécialisée dans la retransmission de procès. Il s’est payé son «pass» (5 000 F), le sésame pour accéder au Marché...