«La consommation de légumes et de fruits peut réduire de 20 % à 40 % les risques de certains cancers, notamment ceux du tube digestif et des voies respiratoires». Émanant d’un éminent cancérologue, le Pr Maurice Tubiana, membre de l’Académie des sciences de France, cette constatation ne peut que réjouir. Sans méconnaître l’importance capitale de la manière de se nourrir sur l’équilibre de l’organisme, il peut paraître étonnant de voir le régime alimentaire investi d’un tel pouvoir. Mais les faits sont là pour confirmer le bien-fondé de cette constatation. Il s’agit, certes, d’un mode d’action complexe que les recherches poursuivies actuellement n’ont pas réussi à élucider totalement. Mais le fait lui-même constitue un message qu’on aurait tort d’interpréter à la légère. L’attestation du célèbre cancérologue est en fait conforme à ce qu’on admettait depuis quelque temps déjà : un tiers des cancers sont dus à une alimentation défectueuse, pauvre en légumes et en fruits. Selon le Pr Tubiana, des essais thérapeutiques, entrepris depuis une quinzaine d’années afin d’identifier avec précision le rôle préventif de ces aliments, sont toujours en cours. Il faut savoir à ce propos que parmi les centaines de substances contenues dans les aliments, à peine une vingtaine ont pu être reconnues jusqu’à présent et il en est de même pour le processus de leur fonctionnement. Mais au cours des travaux de recherche, certains micro-nutriments, susceptibles d’intervenir dans le processus de la cancérogenèse, ont pu être identifiés. Ainsi les oignons, les noix, le vin sont très riches en polyphénols. Selon le cas, ils sont présumés favoriser les substances toxiques, neutraliser les radicaux libres et inhiber le développement des cellules cancéreuses. Les plantes crucifères (le chou, le navet, le girofle), le colza, le cresson fournissent en abondance des substances qui stimulent les enzymes chargées de l’élimination des toxines. Ils pourraient, en conséquence, jouer indirectement un rôle préventif contre les cancers de l’appareil digestif. Les légumineuses (haricots, pois, fèves, lentilles), le soja, les fruits contiennent des phytœstrogènes (homones végétales). En principe, leur indication serait la protection de la femme du risque de cancer du sein (mammaire). Au Centre international de recherche sur le cancer, de Lyon, les études et les essais thérapeutiques se multiplient pour identifier ces composants et décoder leur fonctionnement dans la prévention des cancers. À l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), France, les expériences portent sur des rates nourries aux choux-fleurs. Il s’est avéré jusqu’à présent qu’effectivement ces rates sont mieux protégées du cancer mammaire. Mais cet effet préventif disparaît si on leur administre un seul des constituants de ce légume, à moins d’atteindre des doses impossibles à trouver dans l’alimentation. Conclusion, c’est la combinaison des constituants du chou-fleur qui assure l’effet préventif de ce légume. La déception des fibres Comme on peut le constater, les études se multiplient sans toujours se joindre. C’est aussi le cas pour les fibres alimentaires. Il y a une dizaine d’années, on leur attribuait des vertus multiples, et en particulier contre le cancer du côlon. Aujourd’hui, ces vertus sont considérées illusoires. Publiée dans le New England Journal of Medecine, une étude récente réfute aux fibres toutes les qualités qu’on leur attribuait auparavant. Pour les chercheurs français, l’amalgame fait dans le domaine des fibres est à l’origine d’une grande confusion. L’étude britannique prend en compte, estiment-ils, l’ensemble des fibres alors que celles-ci se composent de nombreuses molécules distinctes les unes des autres, impliquant de nombreuses interactions. La guerre des antioxydants On résume la controverse en la qualifiant de «grand désordre de fibres». Selon l’avis de chercheurs «neutres», l’erreur consiste dans le fait que les études regroupent effectivement de nombreuses molécules bien distinctes les unes des autres. Chacune ayant sans doute ses spécificités la différenciant des autres. Un autre domaine où les études se contredisent laissant le grand public perplexe, c’est celui des antioxydants. Les vitamines C et E, le bêta-carotène et le sélénium sont des neutralisants de radicaux libres, ces agresseurs de composants cellulaires grands responsables du vieillissement. Des études et des expériences ont démenti, ou presque, l’effet miraculeux de ces substances. On garde toujours en mémoire l’exemple du bêta-carotène. Cette molécule, issue de la carotte, se transforme, une fois dans l’intestin, en vitamine A. Or le bêta-carotène jouissait de la réputation de prémunir du cancer du poumon. Se fondant sur cette réputation, deux expériences ont été menées, l’une en Finlande et l’autre aux États-Unis. Les résultats ont été si désastreux que les études n’ont pas pu être menées jusqu’à leur terme. Des groupes de fumeurs volontaires, mis sous gélules de bêta-carotène, ont accusé des taux catastrophiques de survenue de cancer du poumon. Mais ces expériences ont quand même servi à mettre en évidence les failles de traitements ne prenant pas en considération les actions spécifiques de chacun des composés médicamenteux ainsi que les interactions avec d’autres molécules. Aujourd’hui, seules deux substances ont été reconnues avec certitude être protectrices : l’acide folique (une vitamine présente dans les légumes à feuilles) et le sélénium (présent dans les céréales et les poissons.
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