Rechercher
Rechercher

Actualités - Chronologie

Un certain regard ... sur la femme

Mère courage, parangon de fidélité, rêveuse tragique ou charmante, le festival de Cannes de l’an 2000 aura proposé de multiples déclinaisons de l’âme féminine.Ces portraits de femmes auront été toutefois le produit de regards d’homme. L’un des plus poignants fut certes dépeint par Liv Ullmann (“Infidèle”) mais l’histoire est tout entière du pygmalion Ingmar Bergman, et pour cause car elle est inspirée de moments de sa vie. «Il s’agit d’un épisode de sa vie qui l’a (Bergman) longtemps dérangé et qui vit encore en lui», déclarait Liv Ullmann à ce sujet. Cette femme incarnée par Lena Endre est celle par laquelle un écrivain arrivera à désincarner par les mots ce douloureux souvenir qu’il porte en lui. Lena Endre est tout à la fois femme douloureuse et femme-muse, source d’inspiration et victime de la cruauté, qu’elle soit mûre ou encore au stade de l’enfance. Dans «A la verticale de l’été», la femme est non une mais trois, au travers de trois sœurs représentant trois âges de la vie. La cadette veut se trouver un mari qui soit l’image fidèle de son frère, la deuxième sœur vient de se marier – «elle connaît le moment le plus lumineux du couple» – dit Tran Anh Hung, l’aînée «connaît les problèmes qui se posent au couple avec la durée». À elles trois, ces femmes forment une entité féminine partagée entre l’expression des sentiments et leur refoulement, entre remue-ménage de l’âme à cœur ouvert et souffrance muette. Tout cela dit dans un climat de douce sensualité ouvragée par le jeune maître vietnamien. Crouching Tiger, Hidden Dragon, d’Ang Lee, cumule deux histoires d’amour dans la Chine classique. Hommes et femmes y sont sur un pied d’égalité, y compris dans les exercices martiaux. Toutefois, une jeune guerrière chinoise, promise à un mariage qu’elle repousse, y est la figure centrale. C’est autour d’elle que gravitent les figures du Bien comme celle du Mal. L’une de ces dernières, en particulier, est une sorcière, une criminelle qui a pris la jeune guerrière sous son aile, nouant une relation trouble teintée de jalousie maternelle. Il n’y a plus de héros Enragée mais paraît-il timide, si l’on en croit Catherine Deneuve, la chanteuse islandaise Björk livre elle aussi un émouvant portrait de l’éternel féminin. Selma, son personnage, est le double direct d’une autre femme que le génial et mystérieux cinéaste danois Lars Von Trier avait donné à contempler il y a quatre ans à Cannes dans Breaking the Waves. Deux femmes simples, voire simplettes, mais capables d’amour absolu, l’une pour son époux, l’autre pour son fils, jusqu’à subir la pendaison pour que cet amour produise jusqu’au bout ses effets. «Björk a été une véritable surprise pour moi. Elle ne joue pas réellement un rôle dans un film, plutôt elle le ressent entièrement», avait dit Lars Von Trier en conférence de presse. «Chunhyang», du réalisateur coréen Im Kwon Taek, montre quelle image de la fidélité féminine forme l’imaginaire de tout un peuple. C’est une image de courage absolu, prêt à affronter la torture, l’emprisonnement et la mort, mais récompensé en fin de compte. C’est enfin, avec son amant, une icône de la fraîcheur de l’humanité des premiers jours soumise à la violence revancharde de l’humanité vieillissante . «Dans le pansori (forme traditionnelle de narration chantée de Corée), les deux amoureux sont âgés de 16 ans et je tenais à respecter cette condition tenant à l’âge des personnages originaux pour restituer toute la fraîcheur de leur amour», expliquait un cinéaste dont la filmographie compte 97 œuvres. Mais on pourrait aussi parler de la jeune femme de Hong Kong de Wong Kar-Waï, consumée d’amour pour un homme qui a pareillement envie de la dévorer, mais qui ne peut plonger dans l’adultère dont elle est elle-même victime. Ou encore d’une autre rêveuse, celle de Nurse Betty, dont le destin sera beaucoup moins tragique que celui de Selma, sans parler de la Bella de Fast Food Fast Women, éperdue de solitude mais sauvée du papillonnage frustrant par un deus ex machina providentiel. Même un film aussi peu marquant qu’Esther Kahn, d’Arnaud Desplechin, ne brille que parce qu’il est centré sur la personnalité d’une apprentie actrice, tandis que Stardom, du Canadien Denys Arcand, montre cette même femme livrée en pâture à la trinité médias-mode-sport. C’est en définitive au fils de Gabriel Garcia Marquez, Rodrigo Garcia, de réaliser la synthèse de ces différentes images de la femme, en donnant à montrer les itinéraires de quelques-unes d’entre elles, perdues dans l’immensité horizontale de Los Angeles. Et l’homme dans tout ça ? Il a tenu son rang, du plus sublime au plus effroyable, mais le héros est bel et bien une espèce en voie de disparition, sauf dans des cinématographies jeunes (la Corée par exemple) ou qui ont le courage d’aller explorer leur culture sans la dénaturer et sans que cela soit considéré comme du nationalisme (“Crouching Tiger, Hidden Dragon” opposé à “Jeanne d’Arc”). Au contraire, la femme ressort magnifiée.
Mère courage, parangon de fidélité, rêveuse tragique ou charmante, le festival de Cannes de l’an 2000 aura proposé de multiples déclinaisons de l’âme féminine.Ces portraits de femmes auront été toutefois le produit de regards d’homme. L’un des plus poignants fut certes dépeint par Liv Ullmann (“Infidèle”) mais l’histoire est tout entière du pygmalion Ingmar Bergman, et pour cause car elle est inspirée de moments de sa vie. «Il s’agit d’un épisode de sa vie qui l’a (Bergman) longtemps dérangé et qui vit encore en lui», déclarait Liv Ullmann à ce sujet. Cette femme incarnée par Lena Endre est celle par laquelle un écrivain arrivera à désincarner par les mots ce douloureux souvenir qu’il porte en lui. Lena Endre est tout à la fois femme douloureuse et femme-muse, source d’inspiration et...