Jean Lacouture, le biographe célèbre, auteur de trente-six récits biographiques de personnages hors du commun, a consacré son trente-septième ouvrage à ce que lui-même appelle l’énigme Garbo (Greta Garbo, la dame aux caméras, L. Levi – Éditions Seuil). Personnage mythique, «La divine», comme on appelait déjà aux années vingt cette étrange actrice suédoise, née Greta Gustafsson, magnétisait les foules, allumant un véritable feu de brousse passionnel à travers les continents. Un visage anguleux, un corps de félin androgyne et un regard qui magnétisait même les pierres. Deux des plus grands metteurs en scène de l’époque, Stiller puis Pabrt, pressentent le pouvoir de séduction que cette créature pourrait exercer sur l’imagination et s’appliquent à lui bâtir sa légende. Ils la mettent en scène, faisant ressortir le mystère ambigu de son visage, la profondeur de sa voix, la lenteur sophistiquée de ses mouvements, le charme de ce corps sculpté et lisse. Ils lui choisissent des rôles de pécheresse, en contradiction totale avec son physique, tout en faisant ressortir le halo de mystère qui émanait d’elle. La rue sans joie, La tentatrice sont des films devenus classiques après avoir porté leur héroïne au sommet d’un succès rarement atteint par une actrice de l’écran auparavant. Mais tout ça remontait au temps du cinéma muet où la Miss G semblait lointaine et indifférente au trouble qu’elle suscitait aux spectateurs, aussi bien hommes que femmes. En 1930, au cours d’Anna Christie, ses admirateurs et le reste du public l’ont entendue pour la première fois dans une réplique devenue historique: «Give me a whisky gingerale». Une véritable révélation. Une voix de vestale devineresse où se mêlaient le sourire et l’orage, l’humour et la passion... La suite est digne de sa légende de star. Les plus grands cinéastes sont là pour mettre en valeur le miracle vivant: Thalberg, Selzwick, Lubitech, Cukor. La Garbo, elle, se contente de jouer: la passion, l’innocence, la haine, la force, la tendresse, la cruauté... Mais jalousement, méticuleusement, obstinément, elle garde son impénétrable mystère. Sa vie lui appartient et elle ne veut rien laisser transparaître de sa vie réelle. Elle cultive sa légende autant que la perfection de son jeu... Quand sonne le glas, dès le premier échec de La femme aux deux visages, la Garbo choisit de disparaître de l’écran radicalement et à jamais... Durant la cinquantaine d’années qui vont suivre (elle est morte en 1990), elle sillonnera le monde sous des chapeaux à larges bords et des lunettes noires. Éternelle fugitive de sa propre image, elle vivra l’amère existence dorée des «has been»... Jean Lacouture dresse le diptyque de cette vie avec le brio et l’art qu’on lui connaît. Pour les générations qui n’ont pas connu le temps de La divine, le livre sauvera de l’oubli un personnage complexe qui a su choisir l’éternité en se sacrifiant à son propre mythe, pour rester à jamais la «Maria Walewska» et toutes les autres immortelles auxquelles elle avait prêté son image.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Jean Lacouture, le biographe célèbre, auteur de trente-six récits biographiques de personnages hors du commun, a consacré son trente-septième ouvrage à ce que lui-même appelle l’énigme Garbo (Greta Garbo, la dame aux caméras, L. Levi – Éditions Seuil). Personnage mythique, «La divine», comme on appelait déjà aux années vingt cette étrange actrice suédoise, née Greta Gustafsson, magnétisait les foules, allumant un véritable feu de brousse passionnel à travers les continents. Un visage anguleux, un corps de félin androgyne et un regard qui magnétisait même les pierres. Deux des plus grands metteurs en scène de l’époque, Stiller puis Pabrt, pressentent le pouvoir de séduction que cette créature pourrait exercer sur l’imagination et s’appliquent à lui bâtir sa légende. Ils la mettent en scène,...