Les milieux économiques du Zimbabwe réclament avec insistance une dévaluation du dollar zimbabwéen, artificiellement surévalué, mais les analystes considèrent que la décision est trop politique pour intervenir avant les élections législatives. Le dollar zimbabwéen s’échange à 38 dollars US au cours officiel depuis janvier 1999, alors que certaines banques pratiquent un cours officieux d’au moins 50 dollars, dans un pays traversant sa plus grave crise économique depuis l’indépendance (1980). «Ce taux artificiel atteint gravement la compétitivité des exportations zimbabwéennes», a expliqué un responsable de la Chambre de commerce du Zimbabwe (ZNCC), Wonder Masiri. Cette opinion est partagée par les producteurs de tabac qui ont retiré à plusieurs reprises leur production des ventes aux enchères en mai, en raison notamment de la faiblesse des prix. «Nous ne pouvons pas survivre sur le marché avec ce taux de change alors que les coûts de production augmentent», explique David Slack, responsable de l’Association des planteurs de tabac. Alors que le Zimbabwe a vu ses réserves en devises étrangères fondre au cours des derniers mois et ses intérêts sur le service de la dette augmenter, «la valeur du ZWD (dollar zimbabwéen) devrait être autorisée à fluctuer entre deux taux relativement proches», estime M. Masiri. Les banques et la Banque centrale du Zimbabwe avaient recommandé fin mars un cours de 45 dollars zimbabwéens pour un dollar US, mais la décision revient au gouvernement qui doit affronter un scrutin législatif difficile au plus tard en août. «Les spéculations et les rumeurs vont se poursuivre sur le marché, mais je doute que des mesures concernant le change interviennent avant les élections», souligne Lysias Sibanda, vice-président de l’Association des banques du Zimbabwe. Pour M. Slack, retarder la dévaluation est «suicidaire», les exportations de tabac constituant la première rentrée en devises du pays. Deuxième puissance économique de la région après l’Afrique du Sud, le Zimbabwe traverse une crise économique sans précédent. La croissance du PNB a chuté de 7,3 % en 1996 à 1 % en 1999, tandis que l’inflation s’est envolée de 19 % en 1997 à environ 60 % actuellement. Le taux de chômage atteint 50 % et 25 % de la population (12 millions) est sous le seuil de pauvreté. En 1990, le pays s’était engagé dans un programme de réformes économiques, dictées par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, et largement basées sur une déréglementation de l’économie. Le FMI, qualifié de «créature monstrueuse» par le président zimbabwéen Robert Mugabe, a suspendu ses déboursements fin 1999, mettant en avant le déficit budgétaire, la corruption et le coût de l’engagement militaire d’Harare en République démocratique du Congo. «Nous devons revenir à des contrôles sur les prix des produits de base», a déclaré la semaine dernière M. Mugabe, alors que les pénuries se multiplient dans le pays, touchant notamment le carburant et le blé. Selon l’Association des producteurs de céréales, la pénurie de blé commence à se faire sentir et devrait s’aggraver dans les mois à venir. «Nous avons fait une erreur en pensant que les forces du marché pouvaient s’occuper des pauvres», a ajouté l’ex-marxiste. L’occupation depuis février d’un millier de fermes de Blancs par des vétérans a aggravé les pénuries, soulignent les producteurs, les fermiers ayant été empêchés de semer et de récolter. Les violences liées aux occupations ont également dissuadé les investisseurs et les touristes (12,5 % du PIB), et l’instabilité économique du Zimbabwe menace toute l’Afrique australe, notamment la monnaie sud-africaine, le rand.
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