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Actualités - Chronologie

Le satan qu'il faut éliminer

Après avoir mystérieusement disparu pendant près de dix jours, Foday Sankoh, hagard et vêtu d’un seul caleçon, une étoffe sur la tête, a été arrêté hier au bord de la mer à Freetown avant d’être remis à la police sierra-léonaise en un lieu secret par la force d’intervention britannique. Le chef de l’une des rébellions les plus cruelles du continent africain avait disparu après une fusillade, le 8 mai, devant son domicile. Des milliers de Sierra-Léonais manifestaient contre son Front révolutionnaire uni (RUF) qui avait pris quelque 500 Casques bleus en otages. 19 personnes avaient été alors tuées. Hier des manifestations de joie ont salué à Freetown son arrestation. Le vieux chef rebelle – âgé de près de 70 ans –, ancien soldat des Royal West African forces britanniques, ancien photographe, a été arrêté après avoir été reconnu par des habitants. Selon un témoin, il a été blessé au pied lors de son arrestation qui a eu lieu alors qu’il tentait de gagner l’ambassade du Nigeria. Depuis le 8 mai, personne n’avait plus aucune nouvelle de Sankoh qui, depuis près de 10 ans, faisait trembler la Sierra Leone au nom d’un idéal mêlant révolution et mysticisme. La prise en otages des Casques bleus par le RUF, le 2 mai, avait déclenché une nouvelle crise qui a remis totalement en cause l’accord de paix signé en juillet dernier à Lomé par Foday Sankoh et le président Ahmad Tejan Kabbah. Au terme de cet accord, le caporal Sankoh avait obtenu l’amnistie pour les crimes sans nom de ses hommes qui, durant la guerre civile, s’étaient faits, entre autres atrocités, une spécialité d’amputer les civils. Il avait obtenu aussi le statut de vice-président et la direction d’une importante commission chargée des ressources minières de la Sierra Leone, qui avait donc la haute main sur l’exploitation de la principale richesse du pays, le diamant, nerf de la guerre civile et de tous les malheurs du pays. La semaine dernière, le gouvernement de Kabbah l’a accusé de préparer au moment de sa disparition un coup d’État et d’être impliqué dans un important trafic de diamants. Foday Sankoh, condamné à mort pour trahison en octobre 1998 avant d’être amnistié, pourrait être à nouveau traduit en justice. La guerre civile qu’il a lancée en 1991 était une émanation de celle conduite au Liberia par l’actuel président Charles Taylor, grand médiateur aujourd’hui dans la crise sierra-léonaise. Sankoh combattait alors dans les rangs de son Front national patriotique libérien (NPLF) et Taylor l’avait poussé à créer sa propre rébellion. Le RUF a fait des dizaines de milliers de morts, contraint des centaines de milliers de civils à l’exil. Il s’est livré sur la population civile à des viols, des mutilations, voire des rites cannibales. En janvier 1999 son occupation pendant trois semaines de Freetown sera l’une des pages les plus sanglantes et atroces de sa guerre civile. Après cet épisode qui reste un traumatisme pour les habitants de Freetown, qui en redoutaient la répétition au début de l’actuelle crise, le président Kabbah avait accepté de faire sortir Sankoh de prison pour négocier un accord de paix. Depuis son retour ensuite à Freetown, Foday Sankoh donnait l’impression d’un dirigeant totalement imprévisible, «dérangé», selon de nombreux observateurs. Son engagement politique datait de l’indépendance en 1961. Sorti des rangs de l’armée coloniale britannique, ses critiques contre les premiers gouvernants du pays lui vaudront plusieurs séjours en prison. Libéré en 1980, il s’était rendu aux États-Unis où il avait eu des contacts avec l’organisation des Black Muslims. Mais jusqu’en 1996, à l’occasion de premières négociations de paix à Abidjan, on ignorait quasiment tout de ce mystérieux chef de guerre, caché en brousse depuis des années. «Il n’avait même pas un costume correct à se mettre», raconte un diplomate ivoirien. Entouré de jeunes filles que la légende voulait vierges, il parlait alors des «visions» qui le guident dans sa lutte. Aujourd’hui, pour la majorité des Sierra-Léonais, le petit homme à barbe blanche est le «satan» qu’il faut éliminer pour enfin avoir la paix.
Après avoir mystérieusement disparu pendant près de dix jours, Foday Sankoh, hagard et vêtu d’un seul caleçon, une étoffe sur la tête, a été arrêté hier au bord de la mer à Freetown avant d’être remis à la police sierra-léonaise en un lieu secret par la force d’intervention britannique. Le chef de l’une des rébellions les plus cruelles du continent africain avait disparu après une fusillade, le 8 mai, devant son domicile. Des milliers de Sierra-Léonais manifestaient contre son Front révolutionnaire uni (RUF) qui avait pris quelque 500 Casques bleus en otages. 19 personnes avaient été alors tuées. Hier des manifestations de joie ont salué à Freetown son arrestation. Le vieux chef rebelle – âgé de près de 70 ans –, ancien soldat des Royal West African forces britanniques, ancien photographe, a été...