La guerre civile du Front révolutionnaire uni (RUF) de Foday Sankoh en Sierra Leone a été marquée par les atrocités de ses combattants, souvent drogués, contre la population civile. Elle restera associée à des images insupportables d’enfants amputés. Mais l’horreur et la détermination à semer la terreur ne s’arrêtaient pas là, les rebelles recourant aux meurtres indiscriminés, aux viols, aux enlèvements, à l’esclavage sexuel, au recrutement par la force d’enfants-soldats. La boucherie a été particulièrement atroce durant l’occupation de Freetown par le RUF en janvier 1999. Ce furent trois semaines au cours desquelles, selon un rapport de l’organisation Human Rights Watch (HRW), publié en juin dernier, la rébellion s’est «systématiquement livrée à toutes les sortes d’atrocités» contre les civils. Foday Sankoh, engagé dans une inquiétante épreuve de force avec les Nations unies, a d’ailleurs averti la communauté internationale qu’il ne fallait «pas oublier le 6 janvier 1999», jour de l’entrée du RUF dans la capitale. Pour y pénétrer, les rebelles avaient utilisé la population comme «bouclier humain». La ville était parcourue, selon les témoignages recueillis par HRW, par des groupes de rebelles se faisant appeler «Commando coupe les mains» ou «Escouade fait couler le sang». Le «Groupe tue sans sang» s’était fait une spécialité de battre les gens à mort sans effusion de sang, «L’escouade de ceux qui sont nés nus» déshabillait leurs victimes avant de les tuer. HRW note : «La pratique de la mutilation et en particulier l’amputation de mains, bras et jambes était répandue. Les rebelles ont utilisé des haches, des machettes et des couteaux pour tuer et mutiler des centaines de personnes, essentiellement des hommes mais aussi des femmes et des enfants». Lansa et ses trois frères ont eu les mains coupées alors qu’ils tentaient de rejoindre une position de la force ouest-africaine Ecomog. Il raconte : «Ils discutaient de savoir s’ils allaient nous tuer et puis l’un d’eux a dit : “Envoyons-les à l’Ecomog”, ce qui était leur manière de dire qu’il fallait nous couper les bras». Il n’a pas été clairement établi si les dirigeants du RUF ordonnaient expressément le recours aux atrocités. En décembre dernier à Freetown, Alie, un commandant RUF, faisait le compte de sa guerre, toujours décidé à la poursuivre malgré l’accord de paix de juillet : 40 amputations, des dizaines de viols et des morts en si grand nombre qu’il n’en connaissait plus le détail. Selon Alie, c’est Sam Bockarie, le numéro 2 du RUF, qui s’est depuis enfui au Liberia, qui donnait les ordres : «Coupez les mains de tous ceux que vous attrapez. Ainsi ils comprendront le message, c’est ce que nous disait Mosquito (surnom du commandant Sam Bockarie), et Mosquito a raison». Les combattants du RUF se sont livrés à des tueries de masse, brûlant des gens vifs et ne respectant aucun «sanctuaire», hôpital, église ou mosquée. Lorsqu’ils ont été chassés de Freetown par l’Ecomog, laissant derrière eux près de 6 000 morts, les rebelles ont contraint des milliers de civils – surtout des jeunes, futurs esclaves sexuels ou enfants-soldats – à les suivre. Beaucoup ne sont toujours pas revenus.
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