Le sud de l’archipel des Philippines où deux mouvements musulmans séparatistes, le Front Moro islamique de libération (MILF) et le groupe extrémiste Abu Sayyaf affrontent l’armée de Manille, s’enfonce progressivement dans l’anarchie. Cette région, où se déroulent deux prises d’otages réalisées par les combattants d’Abu Sayyaf – l’une concernant 21 personnes dont 10 touristes étrangers et l’autre de 27 catholiques philippins dont 22 enfants –est le théâtre d’affrontements quotidiens avec l’armée philippine représentative de la grande majorité catholique de ce pays de 73 millions d’habitants. Profitant de la situation créée par les prises des otages par l’organisation concurrente, le MILF, principal mouvement rebelle musulman, a lancé hier à l’aube une offensive en prenant le contrôle de deux villages près de la ville d’Aleosan (sud). Le MILF qui avait entamé des pourparlers de paix avec Manille a annoncé qu’il rompait tout contact en raison des opérations de l’armée régulière sur le terrain. Surnommée la «porte arrière» du sud des Philippines, cette région constituée de 400 petites îles a une population majoritairement musulmane dispersée aux confins des eaux territoriales jusqu’au voisinage de Bornéo et est héritière d’un lourd passé de révoltes, de trafic d’armes et de piraterie. La rancœur des musulmans du sud des Philippines à l’égard de Manille remonte aux années 50. À l’époque le pouvoir central a favorisé l’immigration des chrétiens vers le sud, ce qui a eu souvent pour effet de spolier les musulmans de leurs terres. Aux féodalités musulmanes, qui avaient lutté contre les colonisateurs espagnols puis les Américains, ont succédé des mouvements séparatistes. Le premier d’entre eux, le Front Moro national de libération que dirige toujours Nur Misuari – actuel négociateur mandaté par Manille pour obtenir la libération des otages étrangers – a, après des années de luttes signé un accord de paix avec le gouvernement central en 1996. Cet accord, qui a donné naissance à une région musulmane autonome à Mindanao dont M. Misuari est le responsable, a créé une dissidence qui a engendré le Front Moro islamique de libération (MNLF) de Hashim Salamat toujours en lutte. Mais au début des années 1990, est né le groupe Abu Sayyaf composé de jeunes musulmans éduqués dans les pays arabes beaucoup plus radicaux que leurs aînés qui veulent «réislamiser Mindanao». Au début ils ont lancé quelques bombes, ensuite ils ont tué un prêtre italien et enlevé des missionnaires étrangers et enfin ils ont tenté d’assassiner le pape Jean-Paul II au cours de sa visite à Manille en 1995. À Manille, on craint qu’à partir de sa forte implantation dans les îles méridionales de l’archipel, s’organisent des activités terroristes qui se nourriraient du voisinage des pays musulmans voisins, la Malaisie et l’Indonésie. «C’est comme lorsque tout le monde prend froid dans la même pièce en raison de la climatisation», avait déclaré l’an dernier le ministre des Affaires étrangères philippin Domingo Siazon. «Vous respirez le même air et vous attrapez la même maladie», avait-il ajouté. Selon les militaires philippins, le groupe Abu Sayyaf – terme qui signifie porteur de l’épée – a établi des liens avec des groupes terroristes tels que la Fraternité islamique, le Hamas, le Front du salut islamique, Jamaat-i-Islami et la Fraternité musulmane internationale. Les responsables de la sécurité estiment que le groupe est en partie financé par l’islamiste et millionnaire d’origine séoudienne Oussama ben Laden, recherché par les États-Unis qui l’accusent d’avoir commandité les attentats contre les ambassades américaines du Kenya et de Tanzanie en 1998.
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