Nguyen Huu Co ne fêtera décidément pas dimanche le 25e anniversaire de la prise de Saigon par les forces communistes de Hanoi. Cet ancien général du régime pro-américain du Sud-Vietnam assistera, comme tous les dimanches, au service de la petite église baptiste protestante de son quartier, et se rendra ensuite à une réception de mariage offerte par des amis. Un mois et demi après la chute de Saigon, rebaptisée par les vainqueurs Ho Chi Minh-Ville, Co a été expédié pour plus de 12 ans dans des camps de «rééducation» dans lesquels il a été soumis à des cours de reprise en main politique et à des corvées parfois assez dures. Maintenant âgé de 75 ans, ce Saigonnais qui a commencé sa carrière il y a plus d’un demi-siècle dans les rangs de l’armée coloniale française, n’a pas caché qu’il avait connu des moments d’intense désespoir. Co n’a, pourtant, pas donné l’impression d’être particulièrement amer. Soulignant qu’il avait connu deux sortes de camps – ceux qui étaient placés sous administration de l’armée et ceux que contrôlaient les forces armées de la police – il s’est, cependant, plaint du régime plus dur de ces derniers. Il a laissé entendre assez nettement qu’il n’avait pas été convaincu par les cours de formation politique du régime communiste vainqueur. Au cours de ses longues années de détention, Co n’a trouvé, a-t-il dit, soulagement et réconfort que lorsqu’il a renoncé, alors qu’il se trouvait enfermé dans un camp du nord, à sa religion d’origine, le bouddhisme, pour se convertir au protestantisme que prêchaient des aumôniers militaires de cette confession, également détenus. Mais Co a souligné aussi qu’à aucun moment il n’avait regretté de ne pas avoir pris la fuite comme la plupart des autres responsables de haut niveau sud-vietnamiens. «J’aime mon pays et j’aime mes compatriotes. Je n’ai aucune envie de m’installer hors du Vietnam», a-t-il observé. Trente-sept généraux sudistes sont restés sur place quand les forces de Hanoi ont pris Saigon, le 30 avril 1975. Après avoir été soumis à «rééducation», d’abord à Saigon pendant deux ans puis dans des camps du nord, ils ont tous été relâchés, avant d’obtenir, pour la plupart d’entre eux, de partir pour les États-Unis ou d’autres pays étrangers. Co a observé que cinq d’entre eux seulement étaient restés au Vietnam. Il a remarqué également qu’il n’avait cessé de faire valoir auprès de ses géôliers que ce n’était que du fait de circonstances qu’il n’avait guère pu contrôler qu’il s’était retrouvé contre eux. «Si j’étais né au nord et non à Saigon, c’eût été différent», a-t-il dit. «J’aurais très vraisemblablement combattu dans les rangs de l’armée de Hanoi». La vie de Co ressemble, de fait, à un kaléidoscope de l’histoire du Vietnam dans la seconde moitié du XXe siècle. Après avoir été enfant de troupe de l’armée française, il s’est retrouvé, à la fin de la Deuxième Guerre mondiale dans les rangs du Vietminh – la guérilla communiste dirigée par Ho Chi Minh contre les Français. Mais, ballotté par les évènements autour de la défaite de l’armée japonaise d’occupaton au sud du Vietnam, le voilà qui rejoint à nouveau l’armée vietnamienne formée par les Français, d’abord comme sous-officier puis comme officier. Il est chevalier de la Légion d’honneur à titre militaire. Général au moment de l’indépendance en 1954, il sera chef d’état-major général et ministre de la Défense du Sud-Vietnam pro-américain jusqu’à ce que l’ancien président Nguyen Van Thieu le force à quitter l’armée. En avril 1975, l’éphémère président Duong Van Minh le rappelle à ses côtés. Co retrouve son uniforme de général pour quelque 24 heures, avant la capitulation de Saigon. Quatre des ses douze enfants, deux filles et deux garçons, vivent aux États-Unis.
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