Le cœur momifié du fils de Louis XVI, les corps brûlés des Romanoff et bien d’autres énigmes passées, présentes ou futures pourraient livrer leurs secrets, grâce à l’ADN, ce code génétique unique qui «signe» chaque être humain. Les tests d’ADN, qui permettent avec une quasi-certitude d’identifier une personne ou de prouver qui sont ses parents, peuvent désormais résoudre les énigmes du passé, mais envahissent aussi depuis une dizaine d’années tous les domaines de la société. La médecine s’en sert pour repérer les personnes à risques dans certains cancers, par des tests qui pourraient être bientôt en vente libre. La police l’utilise de plus en plus pour confondre ou innocenter un suspect. Plusieurs pays dont la France ont d’ailleurs décidé de créer un fichier génétique des agresseurs sexuels. Aux États-Unis, des entreprises privées proposent au grand public des tests de paternité ou autres, qu’on peut faire réaliser par correspondance via Internet. Les molécules d’ADN de synthèse sont aussi utilisées pour marquer des produits industriels, comme un invisible code-barre. Et grâce aux extraordinaires propriétés de conservation de l’ADN – molécule chimique aussi solide qu’une molécule de plastique, résistant jusqu’à 90 degrés et qui peut durer des milliers d’années – les tests peuvent interroger des affaires du passé, récent ou lointain. Des chercheurs ont récemment pu analyser des fragments d’ADN sur des os humains âgés de 12 000 ans. La technique de test est simple, fiable, assez peu coûteuse et ne prend que quelques heures. Tout débris d’un organisme vivant contient de l’ADN, a rappelé Jean-François Prudhomme, chercheur au «généthon» à Evry (région parisienne) – un cheveu, des traces de peau morte sur un objet, un cœur desséché, des fragments d’os. «C’est surtout l’eau, propice aux bactéries, qui abîme ces cellules : un cœur desséché, c’est parfait», a-t-il précisé. Ancêtre commun Même si les cellules sont endommagées, elles contiennent la chaîne des molécules d’acide désoxyribonucléique (ADN), entière ou par fragments, dont la composition est unique pour chacun. Il faut d’abord extraire l’ADN, par un procédé chimique et de chauffage qui casse la cellule et son noyau, puis l’«amplifier» en provoquant la reproduction de fragments choisis plusieurs millions de fois. Enfin, des appareils spéciaux, dit d’électrophorèse capillaire, «lisent» l’ADN en le transformant en un code numérique. Pour les tests de paternité, a précisé M. Prudhomme, on amplifie des portions bien précises du génome, appelées microsatellites, qui ont la caractéristique d’abriter les séquences d’ADN du père et de la mère, bien distinctes et repérables. On recherche ensuite ces séquences dans l’ADN des parents ou d’autres membres de la famille: le test prouve la filiation ou la parenté, avec une marge d’erreur inférieure à une sur plusieurs milliards. Si le test est négatif, aucune erreur n’est possible. «Le génome contient aussi les séquences génétiques provenant de chacun des ascendants. Nous avons même pu repérer une séquence commune sur de très nombreux habitants du bord du bassin méditerranéen, ce qui prouve qu’ils descendent d’un ancêtre commun», a conclu M. Prudhomme.
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