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Actualités - Chronologie

L'homme qui a libéré les femmes

L’histoire gardera notamment de l’ancien président tunisien Habib Bourguiba l’image de l’homme qui a libéré les femmes de son pays en les dotant d’un statut juridique unique dans le monde arabo-musulman. «Ce que j’ai fait pour la femme demeure la fierté de mon œuvre», lançait-il du haut d’une tribune à Paris en 1972, seize ans après avoir instauré le 13 août 1956 le Code du statut Personnel, une législation libérale remplaçant la charia islamique en vigueur à l’époque. À peine installé au pouvoir, Bourguiba accorda à ses concitoyennes des droits aujourd’hui encore déniés à leurs semblables arabes et musulmanes : d’un coup, la femme avait des droits politiques, pouvait choisir son époux et introduire une demande de divorce en justice. Son consentement «libre et personnel» au mariage était exigé ainsi que l’âge minimum (17 ans). Les filles pouvaient s’instruire, travailler et disposer de leurs propres biens. Pour avoir supprimé purement et simplement répudiation et polygamie, le code avait été qualifié de révolutionnaire. En effet, du jour au lendemain, une page était tournée : un homme ne pouvait plus prendre jusqu’à quatre épouses à la fois ni répudier sa femme en prononçant une simple formule devant un juge religieux. Seule ombre au tableau, l’égalité entre hommes et femmes dans l’héritage. Bourguiba serait «parti avec le regret de l’avoir manqué», d’après le récent témoignage de l’un de ses ex-Premiers ministres sur une TV arabe. Aujourd’hui, les femmes forment en Tunisie un travailleur sur quatre tous secteurs confondus, de l’aéronautique au textile. Elles sont près de 5 000 entrepreneurs et représentent le quart des magistrats. Et elles n’ont jamais autant travaillé dans le secteur informel qu’elles ont investi souvent comme soutien de famille en l’absence d’un père où du frère émigré ou sans-emploi. Face à la colère de ses détracteurs dans les milieux islamo-conservateurs, Bourguiba justifiait ses réformes par le Coran et s’assumait en tant que musulman : «L’islam a libéré l’esprit et recommandé de réfléchir sur les lois pour les adapter à l’évolution humaine», disait-il. Pour les islamistes et rigoristes dans le monde arabo-musulman, Bourguiba restera celui qui a osé modifier l’ordre établi à l’avènement de l’islam, quatorze siècles plus tôt, pour revendiquer une interprétation souple et moderniste de cette religion. Il sillonna le pays pour convaincre du bien-fondé de ses réformes et justifier la perte de privilèges séculaires pour les hommes : la polygamie était dénoncée par lui comme le «statut infâme de la femme musulmane», un «affront à l’esprit de justice», un «défi à la justice et à la dignité humaine» et était qualifiée de «honte insupportable» dont il fallait «laver la société». Bourguiba s’éleva contre le voile tout comme Mohamed V au Maroc. Il restera dans l’histoire l’unique chef d’État arabe et musulman à avoir dévoilé publiquement une femme en faisant tomber son sefsari traditionnel sous l’œil des caméras en 1960. Plus tard, la pilule contraceptive en vente libre et la légalisation de l’avortement 1967 permettaient aux Tunisiennes de s’épanouir autrement que par la procréation.
L’histoire gardera notamment de l’ancien président tunisien Habib Bourguiba l’image de l’homme qui a libéré les femmes de son pays en les dotant d’un statut juridique unique dans le monde arabo-musulman. «Ce que j’ai fait pour la femme demeure la fierté de mon œuvre», lançait-il du haut d’une tribune à Paris en 1972, seize ans après avoir instauré le 13 août 1956 le Code du statut Personnel, une législation libérale remplaçant la charia islamique en vigueur à l’époque. À peine installé au pouvoir, Bourguiba accorda à ses concitoyennes des droits aujourd’hui encore déniés à leurs semblables arabes et musulmanes : d’un coup, la femme avait des droits politiques, pouvait choisir son époux et introduire une demande de divorce en justice. Son consentement «libre et personnel» au mariage était...