Le nouveau Premier ministre japonais Yoshiro Mori donne la priorité à un redressement de la deuxième économie mondiale en s’appuyant sur l’équipe de son prédécesseur et une politique de relance classique qui tarde pourtant à faire ses preuves. Juste après son élection hier, les premiers mots du chef du gouvernement ont été pour la reprise tant promise et tant attendue par la population de l’archipel après dix ans de stagnation. «Ma plus grande responsabilité est d’assurer la reprise», a déclaré M. Mori, 62 ans, en affirmant qu’il fera de son «mieux pour mettre l’économie japonaise, qui semble s’engager dans la bonne direction, sur la voie d’une croissance stable». Le fait qu’il gardera le même cabinet que celui de son prédécesseur Keizo Obuchi, dans le coma depuis dimanche après une attaque cérébrale, a rassuré les marchés. Kiichi Miyazawa, 80 ans, garde les Finances et Taichi Sakaiya reste au Plan. La Bourse a cédé 0,6 % mais essentiellement à cause d’un recul des places américaines la veille et le yen était stable autour des 105 yens pour un dollar. «La différence entre Obuchi et Mori est pratiquement imperceptible. Il va probablement continuer la même politique», selon James Malcolm, économiste chez JP Morgan. Elle a consisté, depuis l’éclatement de la bulle spéculative, à injecter massivement des fonds dans l’économie, à travers notamment de grands chantiers publics. Le résultat est mitigé puisque le gouvernement n’a prévu qu’une croissance de 0,6 % pour l’exercice qui s’est terminé fin mars après trois années de croissance nulle ou négative et table sur 1 % pour le prochain. En dépit de critiques des économistes sur le manque d’envergure du nouvel arrivant, les grands patrons de l’archipel ont estimé qu’il était le candidat le plus indiqué pour succéder à M. Obuchi. «M. Mori a une large expérience ministérielle. Il a de grandes capacités et des talents bien équilibrés, c’est la personne idéale pour prendre la suite de M. Obuchi», a fait valoir Hiroshi Okuda, l’influent patron de Toyota et de la fédération des employeurs Nikkeiren. L’économie commence à émerger de la crise mais est «encore en position délicate», a-t-il ajouté. «Le nouveau gouvernement devra décider des réformes structurelles et faire de son mieux pour bâtir un Japon renaissant». Le président de la Chambre de commerce et d’industrie, Kosaku Inaba, a souligné que, «dans une situation d’urgence comme l’actuelle, la stabilité du gouvernement est une priorité». «M. Mori est donc la personne appropriée, compte tenu de sa carrière politique et de ses qualités de coordinateur». Comme M. Obuchi à son arrivée au pouvoir en juillet 1998, le nouveau venu est considéré comme un profane des questions économiques. «Il n’a aucune idée propre à lui-même, aussi bien en matière d’affaires étrangères qu’en économie», a souligné Kiichi Murashima, économiste au Nomura Research Institute. Mais, pour cet expert, là n’est pas l’important car, dans la politique japonaise, «ce n’est pas vraiment le Premier ministre qui gouverne» mais les poids lourds de sa majorité et les titulaires des ministères-clé.
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