Le Tchad, pays parmi des plus déshérités du globe, est entré dans son ère pétrolière après l’engagement officiel d’Esso, Petronas et Chevron d’exploiter son important gisement de Doba (sud-ouest). Le malaisien Petronas et l’américain Chevron ont officiellement rejoint Esso, filiale du géant texan Exxon dans le consortium chargé d’exploiter le pétrole tchadien, au terme de plusieurs semaines de négociations. Ils ont signé l’engagement d’investissement pour la réalisation de ce projet de 3,5 milliards de dollars US avec le ministre tchadien des Mines, de l’Énergie et du Pétrole, Moctar Moussa. Esso Exploration and production Chad demeure opérateur avec 40 % des parts, contre 35 % pour Petronas Carigali Chad et 25 % pour Chevron Petroleum Chad, qui entrent dans le consortium à la place des européennes Elf et Shell, lesquelles s’en étaient retirées conjointement en novembre 1999. «Une affaire bien menée», titrait samedi le quotidien Le Progrès, tandis que deux partis de l’opposition, l’Union nationale pour la démocratie et le renouveau (UNDR) et l’Union pour la démocratie et la République (UDR), ont salué l’heureuse issue d’un feuilleton à rebondissements. Les réserves du bassin de Doba sont estimées à 25 ans de production avec des pointes de 225 000 barils/jour. Le projet prévoit l’acheminement du pétrole par un oléoduc de 1 050 km jusqu’au port camerounais de Kribi. Selon les estimations de la Banque mondiale (BM), son exploitation permettrait de générer des revenus pétroliers de 2 milliards de dollars pour le Tchad et 500 M USD pour le Cameroun, selon la Banque mondiale. Une manne attendue depuis longtemps par le Tchad, qui dépend totalement de l’importation pour ses besoins énergétiques alors que ses réserves pétrolières sont connues depuis 30 ans et que son PNB par habitant de 880 dollars le classe parmi les États les plus pauvres d’Afrique. Cette aberration économique, soulignée en janvier par les dirigeants africains présents au sommet de Libreville sur la croissance et la réduction de la pauvreté, qui avaient «recommandé l’exploitation immédiate du pétrole tchadien», semble finalement avoir eu raison des réserves suscitées par le projet de Doba. Soumis aux critiques des écologistes et de la rébellion armée tchadienne du Tibesti qui a promis de renverser le président Idriss Deby, le projet de Doba a failli ne jamais voir le jour, surtout après les retraits sans explication d’Elf-Aquitaine et de Shell. À tel point qu’en janvier, le gouvernement tchadien s’était fixé pour nouvelle priorité l’exploitation du petit gisement de Sedigui, près du lac Tchad, afin d’assurer au moins l’autonomie énergétique du pays. La défection d’Elf, interprétée à N’Djamena comme un geste de défiance de la France à l’égard du régime du président Deby, avait en outre contribué à la dégradation des relations entre les deux pays, dont le renvoi à Paris de l’ambassadeur Alain du Boispéan est la plus récente illustration. Le 20 janvier, le Parlement européen enfonçait le clou en votant une résolution demandant à la Banque européenne d’investissements (BEI) de suspendre sa contribution de 44 M d’euros au projet, tant que les «exigences sociales et environnementales» n’auraient pas été garanties. L’UE pourrait toutefois revoir sa position. Ce projet est «nécessaire aussi bien pour le Tchad que pour le Cameroun», a en effet déclaré l’euro-députée Marie-Arlette Carlotti, chef d’une délégation parlementaire européenne en visite au Tchad et au Cameroun. La reconstitution du consortium «permettra au projet de Doba d’obtenir dans les toutes prochaines semaines l’approbation de son financement par la Banque mondiale», a de son côté estimé le ministre tchadien Moctar Moussa. «Nous sommes prêts à commencer les travaux dès la fin de la saison des pluies», a indiqué le président d’Esso, Dean Guttorsmson. Reste à savoir quand les premières gouttes du brut tchadien s’écouleront du désert vers l’Atlantique.
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