Le président Hafez el-Assad, qui rencontrera demain à Genève son homologue américain Bill Clinton, est parvenu en 30 années de pouvoir solitaire, marquées par de violents soubresauts, à s’imposer comme un interlocuteur incontournable au Proche-Orient. Celui qui fut à 40 ans le plus jeune chef d’État qu’ait connu la Syrie est né le 6 octobre 1930 à Kardaha, près de Lattaquié, dans une famille alaouite, une branche minoritaire de l’islam issue du chiisme. En 1946, il adhère au parti Baas, parti de la «Renaissance» arabe, au moment où la Syrie accède à l’indépendance. Comme beaucoup de ses coreligionnaires trop pauvres pour suivre des études supérieures, il entre à l’Académie militaire de Homs puis passe le concours de l’École de l’air d’Alep qui vient d’être créée. «Les premières heures de vol, derrière un pilote, furent pour moi la révélation d’un autre monde», dira-t-il plus tard. La vie politique syrienne est fragile et volatile. Le jeune Assad, élève officier et pilote d’avion, s’attache aux vertus de la stabilité. En 1955, un an après les premières élections libres en Syrie, il est envoyé en Égypte et forme le «comité militaire baassiste». Écarté de l’armée en 1961, il la réintègre en 1963, à la faveur d’un coup d’État baassiste. Avec un sens aigu des rapports de force, il bâtit les fondements de son pouvoir futur. Il gravit les échelons de l’armée et fonde ses propres services de renseignements. En 1966, il devient ministre de la Défense. Patient, tacticien, Assad s’entoure d’hommes sûrs et attend son heure. Quatre ans plus tard, il mène le coup d’État du 16 novembre 1970 et se fait élire aussitôt après président. Il instaure vite un régime autoritaire. «Doté d’une intelligence de premier ordre», selon l’ancien secrétaire d’État américain Henry Kissinger, Assad, avec des moyens militaires limités, mène une guerre honorable en 1973 contre Israël. Mais, surtout, il négocie avec habileté et audace le désengagement des forces en présence. Le conflit du Liban, où, à partir de 1975, il mettra une quinzaine d’années à imposer une «pax syriana», lui vaudra de nombreux ennemis, aussi bien chez les Palestiniens que dans beaucoup de pays arabes. Au début des années 80, il doit relever le défi des Frères musulmans, des intégristes qui ont multiplié les attaques contre son régime. En novembre 1983, épuisé par trois années très dures – son armée a été humiliée au Liban pendant l’été 1982 face à Israël –, il tombe gravement malade. Sa santé est restée, depuis, fragile. Il réagit d’ailleurs avec humour quand ses interlocuteurs l’interrogent sur ce sujet : «J’ai la même maladie que mon médecin et il est toujours en vie et en bonne santé», se plaît-il à dire sans toutefois préciser la maladie. Archétype du chef d’État pragmatique, capable d’inverser ses alliances en fonction des nécessités politiques, il réussit à remonter la pente. En 1985, les Israéliens sont contraints, sous les coups de boutoir d’une guérilla soutenue par la Syrie, de quitter le Liban, hormis une bande frontalière. En octobre 1990, le général Michel Aoun, qui assume par intérim la présidence libanaise, est définitivement neutralisé et Hafez el-Assad n’a plus d’adversaire au pays du Cèdre. À la même époque, il n’hésite pas à aller à contre-courant de son opinion publique et prend position en faveur du camp occidental et contre le président irakien Saddam Hussein qui a envahi le Koweït. Il conforte ainsi sa crédibilité aux yeux des États-Unis en dépit de la mauvaise image de son régime suspecté de sympathies «terroristes» et de celle de son entourage qui passe pour être largement corrompu. Après le décès accidentel de son fils Bassel en 1994, le problème de sa succession se pose à nouveau. Son frère Rifaat, qui avait tenté de prendre la relève en 1983 au moment de ses ennuis de santé, semble avoir été définitivement écarté. Son second fils, Bachar, 35 ans, gravit rapidement les échelons de l’appareil d’État mais, constitutionnellement, il est encore trop jeune pour succéder à son père, puisque l’âge requis pour un président est 40 ans.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le président Hafez el-Assad, qui rencontrera demain à Genève son homologue américain Bill Clinton, est parvenu en 30 années de pouvoir solitaire, marquées par de violents soubresauts, à s’imposer comme un interlocuteur incontournable au Proche-Orient. Celui qui fut à 40 ans le plus jeune chef d’État qu’ait connu la Syrie est né le 6 octobre 1930 à Kardaha, près de Lattaquié, dans une famille alaouite, une branche minoritaire de l’islam issue du chiisme. En 1946, il adhère au parti Baas, parti de la «Renaissance» arabe, au moment où la Syrie accède à l’indépendance. Comme beaucoup de ses coreligionnaires trop pauvres pour suivre des études supérieures, il entre à l’Académie militaire de Homs puis passe le concours de l’École de l’air d’Alep qui vient d’être créée. «Les premières heures de...