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Actualités - Chronologie

Kosovo, l'impossible pari de la coexistence

Un an après les bombardements de l’Otan, censés notamment instaurer la multiéthnicité au Kosovo, l’ambition de la communauté internationale a subi un sérieux revers. Les minorités serbe et rom sont victimes de violences quotidiennes de la part de certains Albanais, les opprimés d’hier, et leur situation est des plus précaire. En pleine campagne de bombardements, le 23 avril, lors d’un sommet de l’Otan à Washington, l’Alliance atlantique affirmait que «l’action contre la République fédérale de Yougoslavie est menée à l’appui des objectifs politiques (...): paix, multiéthnicité et démocratie». Bien que ce concept ne figure pas dans la résolution 1244 du Conseil de sécurité en juin, la Mission des Nations unies (Minuk) l’a repris à son compte avant de se rendre compte qu’il n’était pas réalisable. «On ne peut pas considérer que les bombardements allaient simplement construire la confiance. Les bombardements ont protégé une minorité, nous en avons trouvé d’autres», déclarait récemment le chef de la mission Bernard Kouchner. Dès juin, l’arrivée de l’Otan et le départ des troupes yougoslaves, les Serbes ont commencé à fuir en masse, par crainte des représailles des Albanais. Depuis, près de 240 000 non-Albanais ont quitté la province. Progressivement, les populations minoritaires se sont déplacées et regroupées dans des enclaves. Très vite, les violences sont devenues le lot quotidien des Serbes, des Monténégrins, des Roms, des Gorans (Serbes musulmans). Pourtant, l’Onu tente quelques expériences «multiéthniques». En vain. La rentrée des classes dans la petite ville de Plementina, au nord de Pristina, est chaotique. Les parents serbes ne veulent pas des enfants albanais dans l’école. Bernard Kouchner cède et fait construire un autre établissement à quelques kilomètres de là. En décembre, l’idée d’un hôpital multiethnique dans le Nord, majoritairement serbe, de Kosovska Mitrovica échoue après des mois de négociations. Le discours se modifie alors. À l’automne, Bernard Kouchner affirme que l’objectif est dorénavant la «coexistence». L’histoire récente, avec l’oppression des Albanais par les Serbes, avait créé une situation «qui rendait la vie commune impossible dans l’immédiat», estime un proche conseiller de M. Kouchner. «Le maximum qu’on puisse espérer est qu’ils vivent les uns à côté des autres», poursuit-il. Les 37 000 soldats de la Kfor ne parviennent pas à assurer «la sécurité individuelle» des minorités, et la Mission de l’Onu voit dans la création d’enclaves, sous forte protection militaire et sous perfusion humanitaire, un moindre mal. «On a compris qu’il faudrait plus de temps pour apaiser les esprits. Il fallait donc accepter l’idée que les communautés rassemblées seraient plus faciles à protéger», poursuit le proche conseiller. Pourtant, les violences se poursuivent. En février, le Haut commissariat aux réfugiés des Nations Unies (HCR) notait encore que «les minorités sont victimes d’intimidation, d’attaques à la grenades, de meurtres», quand leurs maisons ne sont pas incendiées. Les Serbes circulent dans des bus escortés par des blindés de la Kfor. En février, un bus du HCR était la cible d’une roquette, qui a fait deux morts. Selon le responsable du HCR au Kosovo, Dennis McNamara, le Kosovo est peut-être entré dans une phase «d’après-guerre», mais pas «d’après-conflit». Il s’oppose d’ailleurs pour le moment au retour des réfugiés serbes, étant donné la situation sécuritaire dans la province. La communauté internationale pensait-elle vraiment que l’objectif de la multiethnicité était réalisable ? «Nous avons cru que nous aurions la capacité militaire d’empêcher des violences et que la population ne se livrerait pas à de tels actes», estime le responsable de l’Onu. «C’est très compliqué de concevoir que l’opprimé peut devenir l’oppresseur», poursuit-il. Quant à la fuite des Serbes dès l’arrivée de la Kfor, il concède que «les premières semaines, la fuite des Serbes ne frappait pas encore les esprits». «À ce moment, on avait encore en tête les images des camps de réfugiés albanais, des 800 000 personnes opprimées dans des conditions abominables».
Un an après les bombardements de l’Otan, censés notamment instaurer la multiéthnicité au Kosovo, l’ambition de la communauté internationale a subi un sérieux revers. Les minorités serbe et rom sont victimes de violences quotidiennes de la part de certains Albanais, les opprimés d’hier, et leur situation est des plus précaire. En pleine campagne de bombardements, le 23 avril, lors d’un sommet de l’Otan à Washington, l’Alliance atlantique affirmait que «l’action contre la République fédérale de Yougoslavie est menée à l’appui des objectifs politiques (...): paix, multiéthnicité et démocratie». Bien que ce concept ne figure pas dans la résolution 1244 du Conseil de sécurité en juin, la Mission des Nations unies (Minuk) l’a repris à son compte avant de se rendre compte qu’il n’était pas...