La réalisatrice tunisienne Moufida Tlatli signait, il y a cinq ans, un long-métrage, Les silences du palais, qui l’avait du jour au lendemain propulsée parmi les plus prometteurs des jeunes cinéastes. Avec son second long-métrage, La saison des hommes, un hommage à la femme tunisienne, Moufida Tlatli se range parmi les plus intéressants réalisateurs actuels. Tourné à Djerba, le paradis touristique de Tunis, Moufida Tlatli refuse le cadre de carte postale du célèbre lieu de villégiature, pour explorer le sort de la femme qui vit la réalité profonde de la société tunisienne. Avec une extrême pudeur, la réalisatrice déploie l’action de son scénario dans une ancienne demeure abandonnée, restaurée avec fidélité. Aïcha quitte la capitale, Tunis, et son mari pour revenir dans sa maison familiale, à Djerba. Elle amène avec elle, dans son exil volontaire, son fils de dix ans, autiste. Enfermée de nouveau dans les appartements des femmes, soumise à l’autorité rigide de sa belle-mère, onze mois sur douze, les hommes, obligés de travailler, étant absents, Aïcha partage la vie et les aléas des femmes de son arrière-pays. Jusqu’au moment où elle trouve le courage de s’opposer et d’assumer sa condition de femme pleinement, contrairement à ses autres parentes qui, quoique émancipées, n’arrivent pas à s’intégrer dans une société dominée et régie par des hommes. Le scénario est prétexte à une réflexion inédite sur la femme tunisienne actuelle. Instruite, libérée du carcan rigide des anciens préjugés, anticonformiste, elle devait se sentir libre de sa destinée. Or il n’en est rien. Elle se sent même en décalage avec son temps. D’après Moufida Tlatli, la société tunisienne profonde accuse une certaine régression par rapport à son passé récent. Les tabous, disparus un certain temps, se réinstallent aussi, sinon plus forts que dans le passé. Surtout en ce qui concerne les femmes. «Je porte ce sujet depuis quatre ans», a avoué à la presse la réalisatrice. «C’était comme une boule dans ma gorge. J’avais besoin de la matérialiser. Après Les Silences du palais qui évoquait l’enfance de ma mère, j’ai voulu revisiter la mienne. J’étais l’aînée de six enfants et très proche de ma mère. Mon père était souvent absent et, quand il rentrait, même tard, il fallait l’accueillir pour lui servir son dîner. Il me terrorisait. Tout se passait dans le non-dit, les silences lourds des secrets. C’est difficile de se construire dans de telles conditions. C’est tout cela que j’ai tenté de montrer dans le film. Malgré les lois, les grandes réformes, la femme tunisienne demeure toujours assujettie à la loi du mâle...»
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La réalisatrice tunisienne Moufida Tlatli signait, il y a cinq ans, un long-métrage, Les silences du palais, qui l’avait du jour au lendemain propulsée parmi les plus prometteurs des jeunes cinéastes. Avec son second long-métrage, La saison des hommes, un hommage à la femme tunisienne, Moufida Tlatli se range parmi les plus intéressants réalisateurs actuels. Tourné à Djerba, le paradis touristique de Tunis, Moufida Tlatli refuse le cadre de carte postale du célèbre lieu de villégiature, pour explorer le sort de la femme qui vit la réalité profonde de la société tunisienne. Avec une extrême pudeur, la réalisatrice déploie l’action de son scénario dans une ancienne demeure abandonnée, restaurée avec fidélité. Aïcha quitte la capitale, Tunis, et son mari pour revenir dans sa maison familiale, à Djerba. Elle...