Être femme et handicapée a poussé les participantes au séminaire, organisé par l’Union des handicapés du Liban, l’Association des jeunes non-voyants et le Projet de liaison et d’information sur le genre pour la région du Machreq et du Maghreb, à réfléchir sur les deux questions à la fois. Certes, réfléchir n’est pas toujours suffisant, et les lois et les traditions s’opposent parfois à l’amélioration de la situation des femmes, spécialement celles souffrant d’un handicap. Jammala Baydani, du Yémen, participe à des congrès sur la revendication des droits au Liban depuis 1992. «Dans chaque pays, il existe des avantages et des inconvénients à la situation des femmes handicapées, souligne-t-elle. Au Liban, il y a plus d’éveil à ces questions qu’au Yémen, parce que la proportion de gens éduqués y est plus grande. Toutefois, dans mon pays, les aides aux personnes handicapées sont plus considérables». Jammala remarque que «les personnes handicapées ne sont toujours pas considérées comme une priorité au Liban». «Mais, poursuit-elle, la situation globale de la femme demeure plus évoluée qu’au Yémen et dans d’autres pays arabes». Quel impact a eu sur elle son appartenance au sexe féminin d’une part, et son handicap d’autre part ? «Le handicap, qui pourrait être considéré comme un obstacle à l’épanouissement d’une personne, m’a en fait poussée à me dépasser», estime-t-elle. Pour sa part, Yeugenia Anedisova, venue de Géorgie pour assister à la table ronde, trouve que «les discriminations dont souffrent les femmes handicapées au Liban sont similaires à celles qui existent dans mon pays». De plus, «en Géorgie, il y a un grand nombre d’ONG pour personnes handicapées dont les membres sont presque exclusivement des hommes, et qui ne payent pas beaucoup d’attention aux problèmes spécifiques de la femme qui se trouve dans le même cas», poursuit-elle. Toutefois, toujours selon Yeugenia, l’accomplissement majeur de ces associations est d’avoir promu une image positive des personnes handicapées, poussant la société à ne plus les considérer comme malades et les laisser réaliser leur potentiel. «En effet, beaucoup de handicapés eux-mêmes continuent à avoir une attitude passive, n’étant pas prêts à être considérés comme individus à part entière, souligne-t-elle. Les femmes handicapées en particulier demeurent dans la majorité des cas passives, se contentant d’être prises en charge. Les femmes que vous voyez ici sont actives et déterminées, mais elles ne sont pas encore la majorité». Yeugenia fait remarquer que l’individu qui ne souffre pas des effets de la discrimination ne pourra jamais lutter efficacement contre celle-ci. «Je ne crois pas que toutes les femmes handicapées soient les mêmes», considère-t-elle. «Dans mon pays, la proportion de celles qui se plaignent de la discrimination ne dépasse pas les 1 % du nombre de handicapées. Cela est dû à deux raisons : d’une part, l’ignorance des droits, et d’autre part, l’isolement et même l’exclusion dont elles font l’objet (en raison de la honte ressentie par les familles). Dans le cadre d’une étude que nous avons effectuée en Géorgie, il s’est avéré que sur les 345 femmes interrogées, seules 22 avaient un emploi». À quoi lui aura servi de participer à cette table ronde ? «Je reviendrai dans mon pays avec des informations intéressantes pour mon institution, répond Yeugenia. J’aurai principalement acquis des idées sur les moyens d’introduire les questions propres aux femmes dans le cadre du militantisme pour une amélioration de la situation et de l’indépendance des personnes handicapées».
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