De plus en plus nombreux sont les spécialistes qui avertissent que si l’enfant est une personne, il est loin d’être une grande personne. Ce qu’ils insinuent par cet avertissement c’est qu’en traitant les petits comme des adultes on les prive du plus élémentaire de leurs droits : le droit à l’enfance. Le premier devoir des parents serait d’assumer effectivement leur rôle : en proposant des repères et en indiquant les limites. Au contact des adultes, bien plus qu’auparavant, les enfants absorbent, comme le ferait une éponge, vocabulaire, attitudes, mode de penser, critères. Or, sur le plan affectif, ils sont loin d’être mûrs pour former un avis et faire le tri entre le bon grain et l’ivraie. La famille éclatée rend le péril encore plus grand, surtout lorsque l’enfant devient témoin des tiraillements, ou pire, le confident privilégié du parent seul auquel il est confié... Dans son ouvrage Vos enfants ne sont pas de grandes personnes (Éd. Albin Michel), Béatrice Copper-Royer, psychologue, se fait l’écho de ce qu’estiment et plaident de nombreux spécialistes : le droit des enfants à avoir des parents conscients de leur mission et assumant parfaitement leur rôle. Ce qui veut dire, indiquant leur place à leurs enfants, leur posant des frontières entre ce qui est permis et ce qui ne l’est pas. Pour l’auteur, sous prétexte que de nos jours les enfants sont très tôt éveillés à la vie, les parents prennent le pli de les traiter en adultes. Eux, de leur côté, répètent ce qu’ils entendent, adoptant sur la vie et les choses le même regard que leurs aînés. Sur le plan affectif, encore immature, cette surcharge n’est pas sans dégâts. Le poids est souvent trop lourd pour leur psychisme. Faire prendre à un enfant des décisions, parfois très importantes, c’est l’accabler en lui donnant des responsabilités qui l’écrasent. On crée ainsi le risque d’en faire un adulte immature, courant derrière cette enfance dont il a été privé trop tôt. En cas de séparation ou de divorce parental, l’enfant vivant avec l’un ou l’autre de ses géniteurs partage, en compagnon privilégié, ses soucis, ses peines et ses joies. Il est ainsi mis au courant des choses et des attitudes qui marquent et qu’il n’est nullement besoin de connaître à ce stade de son développement. Plus grave encore, d’expérimenter des situations qui laissent des séquelles graves sur sa personnalité d’adulte. L’enfant, souligne le psycho-pédagogue, n’a nul besoin de tout savoir. Certaines situations imposent des explications claires et il est du devoir des adultes de ne pas s’esquiver. N’empêche qu’elles entraînent, à leur tour, des états d’âme et des interrogations bien trop lourds pour l’enfant. Ce qui se reflète plus tard sur sa personnalité adulte, n’ayant pas pu se construire convenablement tant qu’il était temps... «Occupés qu’ils étaient à satisfaire les besoins de l’autre, la personnalité de ces enfants accuse des séquelles graves», dénonce Béatrice Copper-Royer. L’importance du jeu Un autre domaine que les psychologues actuels sont en train de revoir est celui du jeu. Les pédiatres se joignent à eux pour reconnaître que les jeux des rôles que les enfants improvisent entre 3 et 9 ans sont déterminants pour leur équilibre. «Par leur intermédiaire, ils assouvissent leurs fantasmes, leur curiosité sexuelle, leur agressivité. C’est à travers ces jeux de rôles qu’ils entrent en communication avec autrui», explique Béatrice Copper-Royer. Les jeux-vidéo, estiment les psychologues, n’incitent pas à cette communication avec les autres et, en revanche, ils engendrent l’agressivité au lieu de la libérer. Mort au précepte de « l’enfant roi » Depuis quelques années déjà, les pédagogues préconisent l’instauration des règles. D’après eux, «l’enfant roi» qui fait la loi sous prétexte de laisser s’épanouir sa personnalité et son potentiel saura-t-il, une fois adulte, respecter les lois qu’impose une vie sociale normale ? Quel est l’intérêt d’élever de futurs inadaptés et autres «révoltés sans cause» sous prétexte de ne pas brimer leurs pulsions ? Il est certain que l’enfant est une personne qu’il convient de respecter. Faut-il pour cela se soumettre à sa loi et satisfaire tous ses caprices ? L’enfant a besoin de l’autorité de ses parents ainsi que de leur intérêt. Cela lui procure un sentiment de sécurité indispensable à son développement normal et serein. Cela risque, certes, à un certain moment, d’engendrer des conflits. Mais même ces heurts lui seront bénéfiques car ils l’aident à s’affirmer. Il va de soi qu’en parlant d’autorité on exclut tout autoritarisme. Malgré leurs airs délurés, même les adolescents, auxquels il faut savoir lâcher la bride à partir d’un certain moment, ont besoin de se soumettre à des règles. En d’autres termes, des garde-fous nécessaires à leur propre bien-être comme à celui de la société...
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats De plus en plus nombreux sont les spécialistes qui avertissent que si l’enfant est une personne, il est loin d’être une grande personne. Ce qu’ils insinuent par cet avertissement c’est qu’en traitant les petits comme des adultes on les prive du plus élémentaire de leurs droits : le droit à l’enfance. Le premier devoir des parents serait d’assumer effectivement leur rôle : en proposant des repères et en indiquant les limites. Au contact des adultes, bien plus qu’auparavant, les enfants absorbent, comme le ferait une éponge, vocabulaire, attitudes, mode de penser, critères. Or, sur le plan affectif, ils sont loin d’être mûrs pour former un avis et faire le tri entre le bon grain et l’ivraie. La famille éclatée rend le péril encore plus grand, surtout lorsque l’enfant devient témoin des tiraillements, ou...