Le général serbe de Bosnie Radislav Krstic apparaît comme l’un des principaux responsables du nettoyage ethnique meurtrier de l’enclave musulmane de Srebrenica en 1995, selon l’acte d’accusation du Tribunal pénal international (TPI) pour l’ex-Yougoslavie. Déportation planifiée, meurtres, exécutions sommaires: le document à la base de son procès, qui débute aujourd’hui à La Haye, recense une accablante litanie de crimes commis par ou sous son commandement. Le général Krstic est notamment accusé de génocide et complicité de génocide, relatifs à des massacres commis «entre approximativement le 11 juillet et le 1er novembre 1995» à Srebrenica. Il est aussi poursuivi pour crimes contre l’humanité pour «extermination, meurtres et persécutions», et pour violations des lois ou coutumes de la guerre «pour meurtres». «Tout ce que nous avons pu entendre suggère qu’il a été l’un des plus proches collaborateurs de (Ratko) Mladic et (Radovan) Karadzic», a indiqué sous couvert d’anonymat une source proche du TPI. Selon son acte d’accusation, Radislav Krstic était sans l’ombre d’un doute animé à Srebrenica «de l’intention d’anéantir une partie de la population musulmane bosniaque en tant que peuple, ethnie ou groupe religieux», ce qui lui vaut l’inculpation de «génocide». L’officier serbe a en outre «commis, planifié, provoqué et ordonné, ou aidé et encouragé à la planification, la préparation et l’exécution d’un crime contre l’humanité». Le document pointe du doigt les persécutions de la population de Srebrenica: «Le meurtre de milliers de civils bosniaques musulmans, hommes, femmes, enfants et personnes âgées», ainsi que «les traitements cruels et inhumains», «la destruction des biens matériels» et «la terreur» imposée aux survivants. L’acte égrène un effrayant menu d’exécutions sommaires de victimes, regroupées dans des écoles ou des fermes avant d’être quasi systématiquement abattues à l’arme lourde, chaque fois «par centaines». Aucun bilan officiel précis n’a été établi des massacres imputés aux Serbes de Bosnie pendant et après la chute de Srebrenica. Selon des chiffres du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), plus de 7 000 musulmans ont été portés disparus dans la région après la prise de cette zone de sécurité de l’Onu, initialement protégée par un contingent faiblement armé de Casques bleus néerlandais. Commandant en second du corps de la Drina de l’armée bosno-serbe (VRS) au moment de la chute de Srebrenica, Radislav Krstic avait été promu à la tête de ce même corps «autour du 14 juillet 1995», selon le TPI. Initialement établi par le procureur adjoint australien du TPI Graham Blewitt fin octobre 1998, l’acte d’accusation du général Krstic visait aussi à l’origine deux autres officiers serbes, aux noms soigneusement masqués au feutre noir. Ces derniers figurent selon toute vraisemblance sur la liste secrète des inculpés du TPI. Ils ont été expurgés de la dernière version amendée du document, contresignée le 27 octobre 1999 par le procureur général suisse Carla Del Ponte. Les deux principaux accusés de Srebrenica, les ex-chefs politique et militaire des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic et Ratko Mladic, sont eux aussi toujours en fuite.
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