Andreas Klöden était inconnu il y a une semaine à Paris. À Nice, où il s’est imposé, il attire tous les regards. Le coureur cycliste allemand n’est pas sans rappeler la surprise créée en 1976 par Michel Laurent ou en 1981 par Stephen Roche lorsque ces coureurs avaient dominé Paris-Nice. Pour signer ensuite la carrière que l’on sait. Il faut également rapprocher le prodige allemand de Miguel Indurain qui avait décroché en 1989 au sommet du col d’Èze son premier grand succès international, même s’il s’était révélé dans le Tour de l’Avenir. Vêtu de son maillot blanc, le longiligne Klöden était sujet de toutes les curiosités lorsqu’il s’est présenté au départ de l’ultime étape. Un peu tendu mais souriant, il affirmait son impatience d’en finir. «J’ai vraiment mal dormi, seulement deux heures, parce que j’imaginais tous les scénarios pour cette ultime étape. Cela m’a au moins permis d’assister à la victoire de Michael Schumacher au Grand Prix d’Australie de Formule 1. Je suis stressé mais j’éprouve un super sentiment de fierté», a-t-il expliqué. Samedi soir, quand la nouvelle de son exploit sur les pentes du col d’Èze est parvenue en Italie sur la course Tirreno-Adriatico, son directeur sportif Walter Godefroot et son leader Jan Ullrich lui ont passé un coup de téléphone pour le féliciter. «Jan m’a dit de rester tranquille, de ne surtout pas m’inquiéter. Il m’a donné quelques conseils pour bien gérer cette dernière étape», raconte-t-il. Il faut dire que les deux hommes se connaissent bien, depuis longtemps. Même s’ils n’ont pas appartenu aux mêmes équipes de jeunes du Dynamo Berlin, Jan Ullrich étant plus vieux d’un an et demi, les deux hommes sont amis depuis dix ans. À un point d’ailleurs qu’Andreas Klöden a quitté sa ville de Chemnitz pour devenir le voisin de l’actuel champion du monde de contre-la-montre à Merdingen. Mieux que Rudi Altig Beaucoup de choses rapprochent les deux Allemands, la ressemblance la plus frappante se situant sur le vélo mais Andreas Klöden ne se sent pas encore capable d’assumer son nouveau prestige. «Cette victoire ne va rien changer pour moi, assure-t-il. Sinon le fait de pouvoir renégocier mon contrat en fin d’année et de gagner plus d’argent. Ne me comparez pas encore à Jan Ullrich. Je serai simplement heureux de travailler un jour afin de l’aider à gagner le Tour de France. Pas cette année». Walter Godefroot ne se montre pas aussi affirmatif... Avec Andreas Klöden et Jan Ullrich mais encore Alexandre Vinokourov et Erik Zabel, la formation Deutsche Telekom se présente déjà comme la plus complète du prochain Tour de France. La Grande Boucle est justement le rêve d’Andreas Klöden depuis son plus jeune âge même si la Course de la Paix était encore la course phare des Allemands de l’Est lorsqu’il admirait les deux stars Olaf Ludwig et Uwe Ampler. «C’est drôle, j’ai gagné Paris-Nice organisé pour la première fois par Laurent Fignon et la première image dont je me souvienne est justement celle de Laurent Fignon dans le Tour de France 1989 quand il a perdu pour huit secondes. Aujourd’hui, mes modèles sont Miguel Indurain, Jan Ullrich et Laurent Jalabert mais ce serait déjà bien que je me fasse un nom». L’histoire retiendra qu’il aura été le premier Allemand à inscrire son nom au palmarès de Paris-Nice. Jusque-là, le meilleur d’entre eux avait été Rudi Altig, deuxième en 1963 et 1965 derrière Jacques Anquetil. Delatour : le choix de l’or Delatour, l’équipe de Laurent Brochard qui a marqué cette édition de Paris-Nice, a débuté en fanfare dans le cyclisme, un sport que son PDG a choisi par raison et par passion. Jean Delatour n’existe pas. Sous ce patronyme se cache en réalité une société de bijoux et de montres qui a décidé, au début de l’année dernière, de monter une équipe professionnelle malgré le cyclone déclenché par l’affaire Festina. La firme lyonnaise, créée en 1981 par Jean-Pierre Frety, a grandi au point de compter 36 magasins sur le territoire français et d’afficher un chiffre d’affaires proche de 450 millions de francs (68,6 millions d’euros). Avec, pour objectif, d’augmenter son taux de notoriété selon le souhait de ses dirigeants, Jean-Pierre Frety et son fils Serge, directeur général de l’entreprise. «Le cyclisme nous est apparu le vecteur le plus approprié, le plus en adéquation aussi avec l’image de notre entreprise», explique Serge Frety, qui évoque aussi un coup de cœur. Déjà, au début des années 1980, Delatour avait fait une apparition sur les routes du Tour de France, dans la caravane publicitaire. Pour parvenir à ce but, la société a mis sur la table quelque 15 MF (2,29 millions d’euros), le budget d’une bonne équipe de deuxième division en cyclisme. Elle a confié les rênes de la formation à Michel Gros, l’ancien directeur sportif du club de Vaulx-en-Velin, dans la banlieue lyonnaise («c’est là que j’ai connu la plupart de mes coureurs actuels», dit-il), devenu ensuite l’adjoint de Bruno Roussel chez Festina. L’étoile et le benjamin Michel Gros, originaire lui aussi de la région lyonnaise, a bâti pour la première saison un groupe d’expérience autour de Laurent Brochard, le champion du monde 1997, emporté comme tant d’autres dans la tourmente de l’affaire Festina. Il a fait confiance à quelques «anciens» tels Eddy Seigneur et Bruno Thibout, descendus entre-temps dans les échelons inférieurs, ou encore Gilles Bouvard, exilé dans une petite formation belge, comme Jérôme Bernard. Pour former l’ossature de sa formation, Michel Gros a fait appel à Frédéric Bessy, Christophe Oriol et Francisque Teyssier, ainsi qu’à Patrice Halgand et Christophe Bassons, deux anciens de chez Festina qui furent disculpés par leurs propres coéquipiers. Il a accordé enfin de la place à plusieurs néo-pros, Cyril Dessel, Olivier Trastour, Grégory Lapalud et le tout jeune Eddy Lembo (19 ans), le benjamin du peloton français. Au total, l’effectif compte quatorze coureurs et une étoile, Félicia Ballanger, dix fois médaillée d’or dans les Mondiaux sur piste. Pour le bijoutier lyonnais, la Vendéenne représente la meilleure chance de gagner de l’or aux Jeux olympiques de Sydney.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Andreas Klöden était inconnu il y a une semaine à Paris. À Nice, où il s’est imposé, il attire tous les regards. Le coureur cycliste allemand n’est pas sans rappeler la surprise créée en 1976 par Michel Laurent ou en 1981 par Stephen Roche lorsque ces coureurs avaient dominé Paris-Nice. Pour signer ensuite la carrière que l’on sait. Il faut également rapprocher le prodige allemand de Miguel Indurain qui avait décroché en 1989 au sommet du col d’Èze son premier grand succès international, même s’il s’était révélé dans le Tour de l’Avenir. Vêtu de son maillot blanc, le longiligne Klöden était sujet de toutes les curiosités lorsqu’il s’est présenté au départ de l’ultime étape. Un peu tendu mais souriant, il affirmait son impatience d’en finir. «J’ai vraiment mal dormi, seulement deux...