La «croisade» de John McCain a tourné court mardi face à George W. Bush, mais le combatif sénateur de l’Arizona n’en a pas moins laissé son empreinte sur l’élection présidentielle en suscitant un véritable phénomène autour d’une campagne menée au pas de charge. M. McCain, visiblement fatigué après plusieurs mois de campagne, comptait rafler les États de la Nouvelle-Angleterre, gagner New York, voire la Californie, pour conserver une chance de se maintenir dans la course à la Maison-Blanche, mais il n’a pas réussi son pari. L’ancien héros de la guerre du Vietman se retrouve en conséquence confronté à une décision difficile : continuer ou jeter l’éponge. Il doit jauger de l’état de ses forces, à la fois physiques et financières, alors que certaines des prochaines primaires devraient être pour lui encore plus difficiles, comme celles le 14 mars en Floride et au Texas, gouvernés par les frères Bush. «Demain, nous allons prendre un peu de temps pour réfléchir à la direction de notre campagne», a affirmé M. McCain dans un discours à Los Angeles où il a suivi la soirée des résultats du «super-mardi». «Mais je veux vous assurer que notre croisade continue ce soir, demain, le jour d’après et aussi longtemps qu’il faudra pour restaurer la confiance de l’Amérique dans ses institutions», a-t-il déclaré. «Nous n’abandonnerons jamais notre mission», a-t-il ajouté. Dans l’entourage du sénateur, on se refusait à envisager un retrait de M. McCain, mais il était clair que sa candidature est maintenant suspendue à un fil. «Nous n’avons aucun projet de mettre fin à cette campagne», a indiqué un porte-parole, Todd Harris. M. McCain s’était terré avec ses conseillers toute la journée, et il devait se rendre hier dans son fief de l’Arizona pour se reposer en famille. Sa campagne, qui avait démarré durant l’été à bord d’un simple véhicule sportif utilitaire pour ensuite se transformer en une véritable caravane roulante, a suscité un élan incontestable. «Je ne pourrais pas être plus heureux. C’est l’expérience la plus fantastique de ma vie», a-t-il d’ailleurs assuré à plusieurs reprises récemment, se disant mardi «fier que son message (de réforme) ait touché les cœurs de tant d’Américains». «Cette campagne concerne une croisade pour rendre le gouvernement au peuple américain», n’a cessé d’affirmer M. McCain qui, grâce à une large victoire lors de l’élection primaire dans le New Hampshire le 1er février, avait bénéficié d’une soudaine éligibilité. Mais le sénateur de l’Arizona, connu pour son franc-parler et son humour, qui se compare volontiers au héros du film La Guerre des Étoiles, Luke Skywalker, s’est aussi fait de nombreux ennemis à Washington. S’il a réussi à élargir la base de son parti, sur le modèle des anciens présidents Ronald Reagan et Theodore Roosevelt, en appelant démocrates et indépendants à rejoindre sa «croisade», il a échoué à convaincre son propre camp.
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