Alors que le monde célèbre aujourd’hui la Journée internationale de la femme, des Parlements arabes s’opposent aux tentatives des gouvernements d’accorder certains droits aux femmes. Le cas le plus flagrant est celui du Koweït, où les législateurs ont refusé en novembre le droit de vote et d’éligibilité aux femmes, se dressant contre un décret de l’émir promulgué en mai. «Les groupes religieux affirment que si la femme obtient ses droits politiques, ce serait contraire à la religion islamique, mais ce n’est pas vrai», affirme Hind al-Duaij, féministe koweïtienne et responsable au ministère de l’Éducation. «Ils invoquent la religion ou les traditions comme prétexte, mais ils ne peuvent priver les femmes d’un droit que Dieu leur a donné», ajoute-t-elle. Depuis ce revers, les femmes koweïtiennes ont multiplié les manifestations devant les centres d’enregistrement d’électeurs et doivent porter leur affaire aujourd’hui devant la justice. Les députés islamistes ou tribaux affirment que ce serait «un péché» que les femmes deviennent députées, affirmant que «celles qui demandent des droits politiques sont seulement des femmes qui ont atteint la ménopause», selon le député tribal, Hussein al-Moutairi. Et d’ajouter «qui restera à la maison pour s’occuper des familles, à part les (domestiques) Indiennes et Philippines». Le Koweït est la seule monarchie du Golfe à disposer d’un Parlement, mais au Qatar, les femmes ont pu participer aux premières élections municipales en avril 1999. En Arabie séoudite, le pays le plus conservateur de la région, des femmes ont pour la première fois assisté en octobre aux débats du Conseil consultatif, mais le président de cette assemblée désignée, Mohammad ben Joubeir, a assuré qu’elles ne seraient jamais admises comme membres de cette instance. «Nous sommes en train de revenir en arrière dans les pays arabes. Chacun imite l’autre en se montrant encore plus sous-développé», note amèrement Hind al-Douaij. «Cette régression s’inscrit dans le cadre d’un retour en arrière de l’ensemble de la société arabe qui touche le développement, les droits des citoyens et les libertés démocratiques», renchérit la féministe égyptienne Farida al-Naccache. «Les Parlements, dont beaucoup sont issus d’élections falsifiées, reflètent cette situation et les éléments religieux ou réactionnaires y sont dominants», explique Mme Naccache, présidente du Forum de la femme. En Égypte, explique-t-elle, le gouvernement a tenté de faire adopter en janvier un nouveau code du statut personnel, accordant aux femmes le droit au divorce et le droit de voyager sans autorisation préalable de leur époux. Mais il a été contraint de céder devant les députés, des hommes à 99 %, qui ont rejeté le droit de la femme à voyager sans autorisation et introduit un amendement à l’article sur le divorce pour le rendre plus difficile pour les femmes. «Il ne s’agit que de changements mineurs et la loi fait toujours de la discrimination à l’égard des femmes, mais au moins, il va être possible maintenant de régler le problème de 1,5 million de femmes» qui attendent depuis des années une décision des tribunaux sur leur divorce, souligne-t-elle. En Jordanie, le Parlement a rejeté en novembre un projet de loi soumis par le gouvernement, visant à annuler un article du code pénal qui permet aux auteurs de crimes liés à l’honneur d’être exemptés de lourdes peines. Le puissant Parti du front d’action islamique (FAI) a estimé que l’annulation de cet article serait «contraire à la charia (loi coranique)» et encouragerait «la délinquance dans la société». Hier, la campagne nationale contre l’indulgence dans les «crimes d’honneur» a annoncé l’assassinat d’une jeune femme de 22 ans par son frère qui la soupçonnait de relations extra-conjugales, dans le quatrième «crime d’honneur» depuis le début de l’année.
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