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Actualités - Opinion

L'exception libanaise

«On s’achemine, petit à petit, vers une société d’intolérance totale». Cette phrase d’un éducateur atterré de l’effet produit sur ses élèves par le clip contre David Lévy et en général par le climat qui marque les manifestations de rue doit faire réfléchir. Il y a quelque chose de dangereux dans la haine, elle est contagieuse. Mais dans la mesure même où on la dénonce chez les autres, il faudrait la combattre en soi et chez soi. Le virus de l’intolérance s’attrape très vite, mais il faut beaucoup de temps pour en guérir. En hurlant «sang pour sang, enfant pour enfant», M. Lévy reste logique avec sa propre culture. Encore qu’on aimerait bien voir la loi du talion, qui est une loi de justice, de riposte proportionnée au dommage, appliquée. Pour l’heure, la loi qu’Israël applique est celle de la jungle. Appliquer la loi biblique serait, en un sens, un progrès. Mais n’oublions pas que nous avons affaire à une mentalité préchrétienne. De la loi, celle qui est inscrite au fond de la conscience, les sociétés politiques ne connaissent encore que la lettre et Israël ne fait certainement pas exception. Il est donc indispensable de s’élever au-dessus de ces contingences et de prendre conscience des effets dévastateurs que toute propagande, ce substitut de pensée, peut avoir sur les esprits et les comportements. Exemplaire est, à cet égard, l’attitude du chef du gouvernement M. Sélim Hoss qui refuse les prises de position à l’emporte-pièce et les slogans réducteurs et simplistes. Aux manifestants, qui clamaient sous sa fenêtre des slogans antiaméricains, M. Hoss a pris soin de rappeler que dans l’appui du Liban à la résistance anti-israélienne, il n’y a pas de place pour la distinction politique traditionnelle «droite-gauche». M. Hoss a également délicatement fait comprendre à ses jeunes interlocuteurs qu’il leur est nécessaire de dépasser un antiaméricanisme primaire et a refusé très sagement de les suivre sur ce terrain en convoquant l’ambassadeur américain David Satterfield. M. Hoss a également fait en sorte que rien ne vienne entraver la liberté de jugement et d’action de la chaîne américaine CNN, elle aussi prise pour cible par les harangues et slogans. M. Joumblatt devait surenchérir, dans cette direction, en rappelant que ce sont les images retransmises par la CNN qui avaient alerté le monde sur le massacre de Cana (avril 1996). Pour la propagande, tout est simple. Tout est blanc ou noir. Mais nous savons, au contraire, que rien n’est simple, que la nuance est nécessaire chaque fois qu’il est question de réfléchir. C’est l’une des leçons de la guerre : la propagande tue l’intelligence et lui substitue un réflexe de peur, ainsi que des clichés réducteurs présentant l’autre comme un adversaire qui cherche à vous anéantir. C’est ainsi que les Libanais en sont venus à se haïr et à s’entre-tuer, et qu’ils se sont laissés manipuler au point d’y perdre leur dignité. Une autre leçon de la guerre c’est que la tête du Libanais s’échauffe vite. Mais l’histoire du Liban au long des âges, et l’histoire contemporaine ne l’a pas démenti, montre que le Liban a perdu chaque fois qu’un courant radical a tenté de représenter la totalité de la réalité politique. Mais le Liban a toujours été gagnant quand il choisit avec courage, comme le fait aujourd’hui M. Hoss, de rester modéré et nuancé.
«On s’achemine, petit à petit, vers une société d’intolérance totale». Cette phrase d’un éducateur atterré de l’effet produit sur ses élèves par le clip contre David Lévy et en général par le climat qui marque les manifestations de rue doit faire réfléchir. Il y a quelque chose de dangereux dans la haine, elle est contagieuse. Mais dans la mesure même où on la dénonce chez les autres, il faudrait la combattre en soi et chez soi. Le virus de l’intolérance s’attrape très vite, mais il faut beaucoup de temps pour en guérir. En hurlant «sang pour sang, enfant pour enfant», M. Lévy reste logique avec sa propre culture. Encore qu’on aimerait bien voir la loi du talion, qui est une loi de justice, de riposte proportionnée au dommage, appliquée. Pour l’heure, la loi qu’Israël applique est celle de la...