Roland Dumas a fait partie du «premier cercle» des proches de François Mitterrand, dont il fut un confident et un conseiller écouté. Ses détracteurs, irrités à l’époque de le voir continuellement comme une ombre portée du président socialiste, avaient surnommé le flamboyant ministre des Affaires étrangères le «vice-président». Cette habileté, qu’il a pu entretenir tout au long de sa carrière, tant comme avocat que comme chef de la diplomatie, lui avait permis jusqu’à présent de résister à la tourmente judiciaire de l’affaire Elf. En mars dernier, sa mise en congé de la présidence du Conseil constitutionnel, dernière pirouette avant la démission, semblait également relever de l’art diplomatique. De la guerre du Golfe, qui aura cimenté davantage encore l’amitié entre les deux hommes, à la réalisation de l’Union européenne rien n’aura pu entamer la confiance de François Mitterrand pour Roland Dumas qui, dans les années 70 déjà, avait effectué, pour le compte de celui qui était alors le Premier secrétaire du Parti socialiste, plusieurs missions discrètes dans des pays du monde arabe ainsi qu’en Afrique. Nommé en 1983 ministre des Affaires européennes, Roland Dumas s’est installé en 1984 au Quai d’Orsay, où il restera jusqu’en 1993, hormis la parenthèse de la première cohabitation, de 1986 à 1988, où il avait retrouvé sa circonscription de Dordogne. C’est précisément en Dordogne que l’on renoue les fils d’une histoire qui, comme pour de nombreux hommes politiques de sa génération, débute pendant la Seconde Guerre mondiale. À la sortie du village de Brantôme, une pancarte avertit les promeneurs. Vingt-six résistants et otages furent fusillés ici le 26 mars 1944. Parmi eux, Georges Dumas, un fonctionnaire de Limoges chargé d’infiltrer l’Administration de Vichy. Avant d’être arrêté par la Gestapo, Georges Dumas avait pris soin de disperser sa famille. Son fils Roland, né le 23 août 1922, s’était évadé à Lyon en 1942, après avoir été interpellé à la suite d’un chahut étudiant. Réfractaire du Service du travail obligatoire (STO), il avait ensuite rejoint les maquis du Limousin. Après la guerre, la solidarité du milieu résistant va jouer pour beaucoup dans la carrière de Roland Dumas. Il hésite un temps entre le chant – il est ténor –, le journalisme et le barreau pour finalement choisir cette dernière voie. C’est d’abord un ami de son père, le préfet Jean Mons, impliqué dans «l’affaire des fuites», qui va recourir à ses services, puis Georges Guingouin, ancien chef communiste d’une armée de maquisards du Limousin. Roland Dumas défend ensuite les intérêts des «porteurs de valises» pendant la guerre d’Algérie, des héritiers de Mehdi Ben Barka, puis du Canard Enchaîné. Il complète son image d’avocat «politique» par celle d’un amateur d’art en assurant la défense des héritiers de plusieurs artistes, dont Picasso et Giacometti. Mais le milieu politique qu’il fréquente dans les couloirs des palais de justice l’absorbe peu à peu. En 1956, Roland Dumas se présente à Limoges, sa ville natale, sous l’étiquette UDSR, une petite formation de centre-gauche, dont François Mitterrand est président. Il ne quittera plus le futur chef de l’État – de la Convention des institutions républicaines (CIR) jusqu’à l’OPA sur le Parti socialiste au congrès d’Epinay, en 1971. Nommé président du Conseil constitutionnel en février 1995, son nom est mêlé à l’affaire Elf qui, au fil des mois, devient l’un des plus importants dossiers judiciaires de la Ve République. Le cas Dumas, en marge du dossier principal, prend l’allure d’un feuilleton sentimentalo-financier. Mis en examen en avril 1998 pour «recel et complicité d’abus de biens sociaux», il est soupçonné d’avoir favorisé l’embauche de sa maîtresse à Elf en 1989 et d’avoir recelé une partie des sommes qu’aurait versées la société pétrolière à Christine Deviers-Joncour. Le 18 février dernier, Roland Dumas et Christine Deviers-Joncour sont renvoyés en correctionnelle. Désormais sans attache institutionnelle, l’ancien ministre, qui ne cachait pas une certaine lassitude ces dernières semaines, va se consacrer à la préparation de son procès qui devrait avoir lieu à l’automne.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Roland Dumas a fait partie du «premier cercle» des proches de François Mitterrand, dont il fut un confident et un conseiller écouté. Ses détracteurs, irrités à l’époque de le voir continuellement comme une ombre portée du président socialiste, avaient surnommé le flamboyant ministre des Affaires étrangères le «vice-président». Cette habileté, qu’il a pu entretenir tout au long de sa carrière, tant comme avocat que comme chef de la diplomatie, lui avait permis jusqu’à présent de résister à la tourmente judiciaire de l’affaire Elf. En mars dernier, sa mise en congé de la présidence du Conseil constitutionnel, dernière pirouette avant la démission, semblait également relever de l’art diplomatique. De la guerre du Golfe, qui aura cimenté davantage encore l’amitié entre les deux hommes, à la...