Le cinéma américain triomphe à la 50e Berlinale et se taille la part du lion dans un palmarès qui favorise le cinéma allemand, donne un coup de chapeau à la Chine, et oublie le 7e art français qui repart les mains vides, avec un Ours d’or de consolation au court métrage. «Il n’y a pas de cocoricos et beaucoup de Coca-Cola», souligne un habitué du festival. Avec l’Ours d’or à Magnolia, la fresque de plus de trois heures du benjamin Paul Thomas Anderson, un Ours d’argent du meilleur réalisateur à Milos Forman, le réalisateur américain d’origine tchèque de Man on the Moon, un prix d’interprétation à Denzel Washington, l’interprète convaincant de Rubin Hurricane Carter, un boxeur noir qui a passé près de vingt ans en prison pour un crime qu’il n’avait pas commis, la Berlinale a dimanche des airs de Hollywood sur la Spree. Non seulement le cinéma américain triomphe avec des films américains mais aussi à travers des coproductions allemande et chinoise. Wim Wenders, qui avait inauguré le festival de l’an 2000 avec l’histoire d’anges déchus filmés dans la cité des anges (Los Angeles), obtient le prix du jury pour The Million Dollar Hotel, avec Mel Gibson, Jeremy Davies et Milla Jovovich. C’est tout un symbole pour le cinéaste de retour dans le cœur historique et géographique de Berlin, la nouvelle capitale où les bâtiments à l’architecture ultramoderne de Potsdamer Platz ont remplacé le terrain vague où il filmait en 1986 Les ailes du désir. Le jury, présidé par la star chinoise Gong Li, entourée notamment de l’actrice espagnole Marisa Paredes et des réalisateurs brésilien Walter Salles, Ours d’or en 1998, et polonais Andrezj Wajda (aucun Américain ne figurait au jury), a aussi distingué, comme l’an dernier, deux actrices allemandes, Bibiana Beglau et Nadja Uhl, les interprètes des Légendes de Rita. Ce film, qui s’inspire de la vie de terroristes de la Fraction Armée rouge, réfugiés en Allemagne de l’Est sous de fausses identités, marquait le retour à la Berlinale du réalisateur du Tambour, Palme d’or et Oscar, qui a longtemps dirigé les studios mythiques de Babelsberg, à Potsdam. Autre vétéran du festival, auquel il doit sa renommée en Occident, le Chinois Zhang Yimou, lauréat d’un Ours d’or il y a une dizaine d’années pour Le sorgho rouge, arrive en numéro 2 au palmarès avec le grand prix du jury, présidé par Gong Li, dont il fut à la fois le mari et le Pygmalion. Son film, The Road Home, une «love story» entre une jolie paysanne et un instituteur de village au moment de la Révolution culturelle, n’avait pas été jugé digne de figurer en compétition au festival de Cannes. The Road Home est lui aussi une coproduction américaine de Columbia/Sony qui avait déjà financé Pas un de moins, Lion d’or à la dernière Mostra de Venise. Zhang Yimou, chef de file du cinéma chinois, est le cinéaste asiatique le plus primé, mais le premier long métrage du japonais Akira Ogata figure aussi au palmarès. Enfin, l’ensemble des acteurs de Paradiso - Sept jours avec sept femmes du sexagénaire allemand Rudolf Thome est distingué d’un Ours d’argent pour leur «remarquable performance». L’Ours d’or du court métrage, qui fait figure de hochet pour le cinéma français venu en force au festival, va à Jean Rousselot, qui aura 28 ans le 23 février, pour Hommage à Alfred Lepetit. Gouttes d’eau sur pierres brûlantes, de François Ozon, l’un des favoris de la presse allemande, repart les mains vides et ne glane que le Teddy du meilleur film gay ou lesbien, décerné en marge de la Berlinale. Avec sa Chambre des magiciennes, Claude Miller décroche lui aussi un prix décerné en marge par le jury de la critique, tandis que, mal aimé, Love me de Laetitia Masson s’en va avec un air de blues.
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