Il ne faut pas être fin psychologue pour deviner que Mounir Chamoun est un «dévoreur» de livres. Ce psychologue, au verbe méticuleux, aux références souvent érudites, consomme les «œuvres complètes» comme d’autres les magazines. «Dès qu’un écrivain m’accroche, je lis systématiquement tous ses ouvrages», signale cet homme qui avoue une passion pour la connaissance de l’être humain. Qu’il soit un patient, un personnage de roman, ou un auteur. Pour Mounir Chamoun, un livre peut bouleverser une existence. «C’est une rencontre. Certaines lectures m’ont aidé à concevoir que des choses que je considérais comme inaccessibles étaient possibles». Entre ses cours à l’Université Saint-Joseph (Faculté des sciences humaines) ceux qu’il donne à «l’Université pour Tous», ses patients, ses charges de vice-recteur à la recherche, de rédacteur en chef de la revue de l’USJ, le temps qu’il consacre aux enfants malentendants, Mounir Chamoun peut rarement avoir des moments libres en cours de journée. C’est donc le soir, et même tard dans la nuit, que ce lecteur, à la curiosité jamais assouvie, retrouve en habitué «accro» le monde des livres. Grands classiques «J’ai découvert la lecture vers l’âge de 11 ou 12 ans», indique Mounir Chamoun. Le Grand Meaulnes d’Alain Fournier est le premier roman dont je me souvienne. Chez les Frères des écoles chrétiennes où j’étais scolarisé, on donnait plutôt la priorité aux matières scientifiques. En classe de 6e, j’ai commencé à lire durant les heures d’étude. J’ai ainsi dévoré très tôt les philosophes grecs et européens : Sophocle, Euripide, Eschyle, Hegel, Descartes… les auteurs classiques (Molière, Racine…), et beaucoup de poètes». Une fois les grands classiques épuisés, il s’intéressera aux écrivains contemporains. Il suivra, à travers leurs écrits, les trajectoires de Simone De Beauvoir, de Sartre, de Kundera, de Modiano, de Pennac, d’Amine Maalouf, ainsi que d’auteurs sud-américains comme Garcia Marquez ou Jorge Luis Borges…. «Je m’intéresse à l’ensemble de l’œuvre que fait un auteur», soutient Mounir Chamoun. Ce souci de connaissance de l’entière production d’un écrivain est mue – déformation professionnelle – par la curiosité envers la pensée de l’homme derrière ses écrits. Mounir Chamoun dit avoir été marqué par deux œuvres cycliques. Celles de Balzac (La comédie humaine) et de Proust. «Deux auteurs que j’ai relus plusieurs fois». Et qu’il plébiscite «pour leur magistrale exploration de l’âme humaine». Le psychothérapeute recommande d’ailleurs fréquemment à ses étudiants la lecture de romans «pour en apprendre plus sur les passions humaines». «Ce qui m’a également impressionné chez Proust, c’est son souffle d’écriture. À l’opposé des phrases courtes, hachées, sa phrase longue épouse le rythme musical», fait remarquer Mounir Chamoun. Qui avoue d’ailleurs essayer de suivre ce rythme d’écriture dans ses articles psychanalytiques. Et peut-être aussi dans les poèmes qu’il compose et stocke …sur son ordinateur. Des vers «alliant images et musique» qu’il ne fait toutefois lire qu’à ses proches. On en vient évidemment à la lecture des œuvres de psychanalystes. Freud, post-Freudiens, Lacaniens, etc. En professionnel, il a tout lu dans ce domaine et essaye, pour se maintenir à jour, de ne rater aucune nouvelle publication : ouvrages, essais, revues…. S’il devait n’emporter que le minimum de volumes sur une île déserte, il choisirait – «tout en étant frustré ! –La Divine Comédie» de Dante et L’Interprétation des rêves de Freud. Bizarrement donc, aucun ouvrage de Proust ni de Balzac.
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