L’Eldorado que représente la Grande-Bretagne aux yeux des demandeurs d’asile du monde entier pourrait avoir au moins en partie motivé les preneurs d’otages du Boeing afghan, selon des indices concordants. Cette hypothèse prend corps au quatrième jour de la prise d’otages, et faute de toute revendication précise de la part des pirates de l’air. Un des responsables policiers, John Broughton, a laissé entendre que l’octroi du statut de réfugié politique avait été évoqué dans les pourparlers-marathons avec les mystérieux pirates de l’air. «Il y a beaucoup de sujets qui sont abordés au cours de ces discussions», a-t-il lâché en réponse à une question sur le sujet. À l’appui de cette thèse : l’arrivée mardi soir à l’aéroport de Stansted d’une représentante du Haut Commissariat aux réfugiés de l’Onu (UNHCR), Mme Hope Hanlan, venue officiellement comme «observatrice». Trois des otages libérés par les pirates de l’air ont déjà déposé leur demande d’asile, selon plusieurs quotidiens, une information que le ministère de l’Intérieur se refusait hier à commenter. Il est «extrêmement probable» que les pirates de l’air – entre six et dix hommes selon la police – vont solliciter l’asile politique, a pronostiqué un avocat qui avait soutenu pareille demande de la part d’autres pirates de l’air, ceux-là irakiens, en 1996. «Ce qui me fait penser cela, c’est le fait qu’ils aient demandé à venir dans un pays européen», a indiqué Eman Omar. Les pirates de l’air qui ont détourné le vol intérieur afghan dimanche ont clairement demandé à venir à Londres, après plusieurs escales en Asie centrale et à Moscou. Le souhait de fuir l’Afghanistan pourrait d’ailleurs cohabiter dans leur esprit avec des revendications plus politiques, comme la libération du chef d’opposition Ismaïl Khan, un des objectifs qui leur ont été prêtés. Une éventuelle demande d’asile de leur part s’appuierait en tout cas sur plusieurs précédents. Trois preneurs d’otages tanzaniens ont déjà obtenu l’asile politique après avoir purgé leur peine de prison pour leur acte de piraterie en 1982. L’un deux est depuis devenu un avocat spécialisé dans... le droit d’asile. Il fait actuellement l’objet d’une enquête pour possible malversation dans ce domaine. Après les Tanzaniens, six Irakiens auteurs d’une prise d’otages sur le même aéroport de Stansted en 1996 ont également soumis depuis leur demande d’asile, toujours en cours d’examen, au ministère de l’Intérieur. «Nous ne devons pas permettre que (détourner un avion) devienne une manière de venir au Royaume-Uni solliciter l’asile politique», a commenté la députée Ann Widdecombe, responsable pour les questions de sécurité au sein de l’opposition conservatrice. Au total, plus de 100 000 dossiers de demandes d’asile sont en souffrance sur les bureaux du Home Office. En un an, le nombre de demandeurs d’asile au Royaume-Uni a plus que doublé, avec 71 160 demandes reçues en 1999. Un afflux qui s’explique par la réputation de la Grande-Bretagne d’appliquer une politique d’asile moins restrictive que ses voisins européens. Parmi les derniers dossiers arrivés figure celui d’un pilote d’EgyptAir, qui affirme détenir des informations sur l’accident du Boeing 767 de sa compagnie aérienne le 31 octobre dernier (217 morts). Et celui d’un ancien militaire rwandais, Tharcisse Muvunyi, poursuivi par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPR) pour génocide.
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