Ancien chef des forces armées indonésiennes ayant su éviter jusqu’ici les chausse-trappes du pouvoir, le général Wiranto s’est lancé dans un combat pour sa survie politique après avoir été accusé d’être impliqué dans les violences commises au Timor-Oriental. Quelques heures après avoir été cité dans une enquête indonésienne comme ayant été incapable d’avoir enrayé les violences perpétrées en septembre au Timor-Oriental, le général Wiranto, aujourd’hui ministre de la Sécurité et des Affaires politiques, est apparu souriant et détendu à une réunion hebdomadaire. Affirmant qu’il était trop tôt pour tout commentaire, il a esquivé les questions portant sur les déclarations faites à Davos (Suisse) par le président indonésien Abdurrahman Wahid, qui a réclamé sa démission. Alors qu’on l’accuse, au mieux, de passivité devant les atrocités commises par l’armée et ses milices anti-indépendantistes au Timor-Oriental, le général Wiranto a fermement défendu son action. Ces violences ont fait des centaines de victimes et provoqué la destruction de villes entières au Timor-Oriental. «J’ai poussé toutes les factions du Timor-Oriental à abandonner le combat au profit de l’action politique», a-t-il affirmé. «Nous avons fait en sorte que le vote puisse se dérouler normalement et nous avons proclamé la loi martiale afin d’éviter tout abus des droits de l’homme au Timor-Oriental jusqu’à ce que l’Unamet (Mission de l’Onu) puisse proclamer le résultat du vote», a-t-il ajouté. Né voici 53 ans, à Jogjakarta, ce fils d’aristocrate javanais a fait l’essentiel de sa carrière dans les bureaux d’état-major. Sa carrière a connu une ascension fulgurante lorsqu’il est devenu aide de camp du président Suharto en 1989. En cinq ans, il passe du rang de colonel à celui de général d’armée. Le général Wiranto a ensuite réussi à rester dans les allées du pouvoir durant la période de transition de la présidence de Jusuf Habibie en se pliant de mauvaise grâce aux mesures de réforme. Au plus fort de la tempête, il est resté inflexible avec un discours très combatif. «Ce qui est certain, c’est qu’en qualité de soldat je combattrai sans relâche pour mes droits» a-t-il ajouté. Nommé commandant en chef des armées par Suharto au cours des derniers mois de sa présidence à poigne, il était devenu pour l’opposition le symbole à la fois haï et redouté d’un régime agonisant. Mais, grâce à son habileté politique, Wiranto est parvenu à survivre à l’ère Suharto et, sans à-coups, a réussi à se mettre au service de Habibie, qui l’avait également nommé ministre de la Défense. Pendant la campagne électorale, le général Wiranto, qui avait à sa main le puissant appareil militaire indonésien, est resté dans l’ombre, tout en restant un acteur potentiel majeur du jeu politique national. Le président Habibie, candidat à sa succession, voulait faire de lui son vice-président pour s’assurer le soutien de la puissante armée indonésienne. Mais, habile, le général Wiranto a refusé. Quand les jeux ont été faits, avec l’élection du président Wahid, il a dû se satisfaire du fauteuil de ministre de la Sécurité et des Affaires politiques en acceptant qu’un civil prenne sa place à la tête du ministère de la Défense. «Bien sûr, il devra démissionner immédiatement, dès que je serai revenu à la maison», a dit le président Wahid alors qu’il participait en Suisse à la réunion annuelle du Forum économique mondial. «Je l’appellerai et je lui demanderai sa démission parce qu’il est, je cite “impliqué par les rapports” fin de citation. Il démissionnera», a assuré le chef de l’État.
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