Sans atteindre la notoriété qu’avait eu avant lui le grand Bill Tilden, John Donald Budge, mort mercredi, devait réaliser ce que personne n’avait été jusque-là capable de faire, gagner les quatre grands tournois du calendrier international : les Internationaux d’Australie, de France, de Grande-Bretagne et des États-Unis, dans la même année. C’est en 1938, sa dernière année comme joueur amateur, que Don Budge, décédé à 84 ans d’un arrêt du cœur dans un hôpital de Pennsylvanie cinq semaines après un accident de voiture, devait réaliser son exploit, qui n’a été réédité depuis que par le seul Rod Laver, un Australien, en 1962 et 1969. Né en 1915 à Oakland, en Californie, où son père, ancien joueur écossais de football avait immigré, Don Budge, tout au long de ses études et de sa prime jeunesse, n’avait d’abord manifesté qu’un intérêt lointain pour le tennis auquel il préférait alors le basket ou le base-ball. Quand il s’est enfin décidé à se consacrer à fond au tennis, Budge devait y faire merveille. Doté d’un grand service que lui permettait sa grande taille pour l’époque, 1,85 mètre, d’un revers considéré comme le plus pur de l’histoire du jeu, vif et rapide, il s’imposait rapidement comme un joueur complet. Il devait parvenir à la consécration avec une première sélection, en 1935 à l’âge de 19 ans, dans l’équipe américaine de Coupe Davis, qui était alors dominée par la Grande-Bretagne de Fred Perry. L’année suivante, il parvenait en finale de Wimbledon et Forest Hills contre Fred Perry, pour devenir quelques mois plus tard le numéro un mondial amateur après le passage du Britannique chez les professionnels. En 1937, Don Budge devait remporter ses deux premiers grands titres s’imposant enfin sur le gazon de Wimbledon et de Forest Hills. Mais son plus grand exploit cette année restera un match de Coupe Davis contre la Baron allemand Gootfried von Cramm, donnant la victoire aux États-Unis 3 à 2 en finale interzone à Wimbledon, après que Don Budge ait remonté un handicap de deux manches à zéro et de 4 jeux à 1 dans le dernier set. L’Américain, vainqueur 6-8, 5-7, 6-4, 6-2, 8-6, devait ensuite remporter ses trois matchs, deux simples et le double, lors du Challenge Round, également à Wimbledon, contribuant au retour de la Coupe aux États-Unis après une série de quatre victoires britanniques. Ces succès devaient lui valoir des offres pour rejoindre les rangs des professionnels, qu’il refusait pour tenter de conserver le saladier d’argent aux États-Unis. Bien lui en a pris. 1938 restera comme sa grande année avec la réalisation de ce qui devait être appelé après lui le Grand Chelem et une nouvelle victoire en Coupe Davis avec un succès sur l’Australie lors du Challenge Round. À 23 ans, Budge passait professionnel après avoir enregistré une série de 92 victoires consécutives et 14 victoires en tournois entre janvier 1937 et fin 1938. Seul Bill Tilden, avec 95 matchs sans défaites en 1924, et 1925, record qui tient toujours à l’heure actuelle, pouvait se targuer d’avoir fait mieux. Professionnel, Budge s’imposait comme numéro un et devait affronter son compatriote Ellsworth Vines, le Britannique Fred Perry, et retrouver un Tilden vieillissant (47 ans) qui lui rendait un vibrant hommage en le considérant comme le meilleur joueur de l’histoire du tennis. En 1942, il s’engageait dans l’aviation américaine et se blessait à l’épaule à l’entraînement, une blessure qui devait l’empêcher de retrouver tous ses moyens à la reprise du circuit pro après la guerre. Il n’en atteignait pas moins encore à quatre reprises la finale du championnat professionnel des États-Unis, la dernière en 1953 où il s’inclinait devant un certain Pancho Gonzales, de 13 ans son cadet.
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