L’Europe éblouie découvre une nouvelle star, totalement inconnue dans cette partie du monde. Il s’agit de la Chinoise Maggie Cheung qui compte pourtant à son actif une filmographie de plus de soixante-douze films (chinois) de tout genre y compris, à ses tout premiers débuts, des films d’action kung-fu (équivalents aux «westerns» américains). Compte tenu du fait que le cinéma de Hong Kong est en crise actuellement, Maggie Cheung s’est installée à Paris et c’est ainsi que, pour la première fois, le public européen a pu découvrir l’immense talent de celle qui incarne dans Center Stage d’Oliver Assayas l’histoire de la star chinoise des années 30, Ryan Liangu. Cette étoile du cinéma chinois, qui débuta sa carrière à 16 ans considérée comme la Greta Garbo asiatique, s’est suicidée en 1935, à la suite d’une campagne diffamatoire orchestrée par la presse à scandale, à l’âge de 25 ans. Maggie Cheung, qui joue le rôle de cette actrice de légende, subjuguée par la personnalité de l’héroïne et les tragiques détails de sa vie découverts au cours du tournage, réussit une interprétation magistrale qui la classe parmi les grandes figures de l’écran. Dans Center Stage («Au centre de la scène»), le cinéaste Stanley Kwan introduit de larges extraits des films tournés par Ryan Liangu et des passages où Maggie Cheung réussit une performance qui, au moment de la parution du film, lui a valu d’être classée «meilleure actrice» au 42e Festival de Berlin. Liangu, l’héroïne, avait tourné à son époque avec les meilleurs réalisateurs des studios de Shangaï. Elle avait été tour à tour jeune fille violentée, ouvrière ballotée par la guerre et le chômage, femme publique dans des scénarios mélodramatiques, au goût de l’époque. Seuls huit de ses films ont été pourtant conservés, les autres ont disparu. Maggie Cheung, son interprète, est forcément très proche de l’héroïne, s’identifiant à elle... «J’avais vingt-cinq ans pendant le tournage, l’âge de sa mort. Je suis devenue célèbre très jeune aussi, comme elle. Je connais cette même pression», dit-elle aujourd’hui. «Mais jamais je ne me serais suicidée à cause d’un scandale lié à ma vie sentimentale». Liangu savait d’ailleurs que sa carrière était menacée. Les studios de Shangaï allaient totalement se convertir au parlant. Cela aurait été fatal pour elle qui parlait le dialecte de Canton mais ignorait le mandarin. Aujourd’hui, après ce grand succès international, que pense faire la sosie de la Garbo asiatique? «Prendre le temps de vivre, répond-elle. M’épanouir. Pour rester, avant tout, une personne normale»... Qui songerait à condamner cette grande sagesse orientale?
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