Comme tous les deux ans, la légion étrangère des footballeurs africains expatriés dans le monde, et principalement en Europe, est de retour en force pour disputer la Coupe d’Afrique des nations (CAN), à partir de samedi et jusqu’au 13 février au Nigeria et au Ghana. Sur les 352 joueurs retenus dans les seize équipes du tableau de cette phase finale, la moitié (177) évolue dans les championnats européens, avec un fort contingent en France (44, en D1 ou divisions inférieures). Un chiffre en inflation constante : en 1998, au Burkina Faso, ils «n’étaient que» 145 (42 en France) à jouer hors d’Afrique. Les meilleurs ou les plus chanceux portent le maillot de clubs prestigieux comme le Camerounais Jeremie au Real Madrid, le Ghanéen Samuel Kuffour au Bayern Munich, les Ivoiriens Cyrille Domoraud à l’Inter Milan et Ibrahima Bakayoko à Marseille, les Nigérians Augustine Okocha et Godwin Okpara au Paris SG et Sunday Oliseh à la Juventus Turin. Il y a aussi le Marocain Noureddine Naybet au Deportivo La Corogne. Mais à côté de ces stars, d’autres footballeurs doivent se contenter d’équipes de moindre renom et en corollaire de rémunérations moins conséquentes. Deux des piliers de la formation congolaise, Camille Oponga et Richard Akiana, font ainsi le bonheur du Red Star, en 3e division française. Les disparités sont aussi criantes entre les formations du continent. Parmi les 22 sélectionnés nigérians, un seul joueur, le 3e gardien, évolue dans son pays. De même, trois Camerounais et quatre Ghanéens seulement n’ont pas immigré en Europe (ou en Asie). À l’inverse, seuls trois des 22 Tunisiens n’évoluent pas dans le championnat national. Marchandages Les nombreux «exilés» ont offert une crédibilité nouvelle au football africain, mais la médaille a son revers. L’opposition entre les intérêts financiers des clubs employeurs et ceux des équipes nationales n’est pas propre à l’Afrique, mais dans ce continent elle est exacerbée. Certains joueurs, comme l’Algérien Ali Benarbia (Paris SG), le néo-Congolais Shabani Nonda (Rennes) ou le vétéran camerounais Jacques Songo’o (Deportivo La Corogne) ont ainsi renoncé à la CAN, choisissant de donner la priorité à leur club. Le meilleur buteur et révélation de l’édition 1998, le Sud-Africain Benedict McCarthy, avait même annoncé en septembre sa retraite internationale pour se consacrer uniquement au Celta Vigo. Depuis, sa position a évolué et il pourrait faire un retour surprise avec les Bafana Bafana. Critiquant cette compétition biennale qui se déroule en même temps que les championnats européens, de nombreux clubs du Vieux Continent se sont fait tirer l’oreille avant de lâcher leurs joueurs, et le plus tard possible. Arsenal a ainsi bataillé pour garder le Nigérian Nwankwo Kanu, meilleur joueur africain 1999, jusqu’au 9 janvier. Au vu de ce qui ressemble parfois à des marchandages, le président de la Fifa, le Suisse Joseph Blatter, est plus que jamais motivé pour harmoniser un calendrier international pour qu’à terme, la CAN, le championnat d’Europe ou la Copa America puissent se disputer en même temps. Le Français Alain Sars seul arbitre européen Le Français Alain Sars, unique arbitre européen à officier pendant cette Coupe d’Afrique des nations 2000, visera à faire «le mieux possible» et affirme haut et fort qu’il n’a aucune intention de «voler des matches à ses confrères africains». Vivement critiqué en octobre en France, ainsi qu’en Europe, pour deux erreurs d’appréciation, Alain Sars se réjouit d’avoir été sélectionné par l’Union européenne de football (UEFA) pour la CAN dans le cadre d’un échange. Un arbitre africain sera en effet présent à l’Euro 2000. «Avoir été retenu est un honneur. Cela montre qu’on ne me tient pas rigueur de mon passage à vide et de mes erreurs. J’avais à l’époque été très touché moralement, mais aussi physiquement puisqu’en octobre, toujours, je m’étais blessé», rappelle-t-il. Avec un stage de thalassothérapie à Quiberon (Bretagne), Alain Sars s’est préparé, comme toujours, très méthodiquement. Il est désormais prêt pour le 18 janvier, date à laquelle il rejoindra l’Afrique pour participer à une grande aventure qui l’excite beaucoup. «Je vais découvrir un continent et un football plus spectaculaire», prévoit-il. À 38 ans, père de trois enfants (8 ans, 6 ans, 19 mois) et agent des impôts dans le civil, Alain Sars veut rester humble. Il n’est pas question pour ce Nancéien de vouloir donner des leçons aux arbitres africains sous prétexte qu’il fait partie des meilleurs directeurs de jeu européens. «Je vais à la CAN avec l’envie d’être seulement le meilleur possible, de faire ce qu’on me demande. Je ne réclame rien», lance-t-il, soulignant qu’il n’est pas «un voleur de matches». «Mon rôle n’est pas de prendre la place d’un arbitre africain», répète-t-il. «Si le fait d’arbitrer une rencontre peut éviter des problèmes politiques, c’est tant mieux. Mon but n’est pas d’être choisi pour la finale», ajoute Alain Sars. Il dirige des rencontres depuis 25 ans, dont 8 ans au plus haut niveau en France et 6 ans comme international. Conscient que la vie n’est pas aisée pour les étrangers au Nigeria ou au Ghana, l’homme au sifflet sait qu’il va passer un mois entre son hôtel et les terrains. «C’est toujours comme ça lors des compétitions internationales», commente-t-il, se souvenant de sa présence au Mondial des moins de 20 ans en 1995 au Qatar. C’était son premier grand rendez-vous.
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