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Actualités - Opinion

Tribune La bonne parole

Avant que d’abolir le confessionnalisme, il faudrait perfectionner les moyens mis en œuvre pour l’abolition du discernement. Non que les autorités aient négligé cet aspect important de l’éducation populaire. Il nous faut leur reconnaître, au contraire, qu’elles ont déjà beaucoup accompli pour épargner aux Libanais le pénible effort de penser. Elles y ont mis tous les ingrédients prescrits par le docteur Coué pour procurer à ses patients le confort mental nécessaire à leur bien-être. Et elles le font avec une prodigalité qui confine au gaspillage. Pas un événement qui ne reçoive aussitôt les analyses et commentaires qu’il convient d’adopter pour échapper aux malfaisances des mauvais génies dont on n’a pas encore décelé les repaires. Pas une déclaration qui ne contienne les lumineux truismes qui confèrent miraculeusement le don de la parole à des personnes généralement taciturnes, mais qui se sentent obligées de sortir de l’ombre pour éclairer leurs semblables sur les périls des hérésies dont ils pourraient être victimes. Pas une émission télévisée, pas un bulletin d’information, pas une cérémonie publique – fût-elle un mariage ou un enterrement – qui ne professent les vertus et les mérites de l’alignement derrière les rangs de nos inspirés mentors. Les plus hautes sphères de la république, comme les plus humbles, sont atteintes par cette fièvre mystique devenue, en quelque sorte, leur raison de vivre et d’espérer. Ce prosélytisme est certes digne d’éloge. Tenter de créer une communion de convictions et de sentiments entre (presque) tous les sujets d’un pays, est une œuvre admirable. Seules quelques rares et vraies démocraties ont pu la réaliser pleinement. La nôtre est sans aucun doute sur la bonne voie. Mais il reste, malgré tout, quelque distance à franchir. L’histoire prouve que les sermons, même répétés à forte dose, ne suffisent pas toujours à inculquer la vérité à une population où sévissent encore des relents d’intelligence. D’autant plus que trop souvent «la réalité dépasse la fiction» et que le vrai, si vrai qu’il soit, ne correspond pas toujours au vraisemblable. Certains esprits réticents à l’anesthésie douce peuvent se mettre comme les vers dans le fruit, à se creuser la cervelle. Lorsque l’oreille entend le contraire de ce que l’œil voit, il faut donc, à défaut de carotte, user du bâton. On constate en effet d’innombrables cas où une soudaine myopie et même une cécité complète se déclarent face à un simple avertissement. Une telle thérapie, pratiquée fermement et avec art, a fait ses preuves. Elle peut, de fil en aiguille et de Charybde en Scylla, aboutir en souplesse à l’harmonisation d’une société qui aspire au bonheur, mais qui a besoin qu’on l’y force. Un jour viendra, au bout de ce traitement énergique, où tout sera possible. Non seulement les 100 % de la population pourront voter à l’unanimité l’abolition du confessionnalisme, mais ils pourront aussi choisir avec jubilation de se suicider collectivement pour gagner tous ensemble le paradis.
Avant que d’abolir le confessionnalisme, il faudrait perfectionner les moyens mis en œuvre pour l’abolition du discernement. Non que les autorités aient négligé cet aspect important de l’éducation populaire. Il nous faut leur reconnaître, au contraire, qu’elles ont déjà beaucoup accompli pour épargner aux Libanais le pénible effort de penser. Elles y ont mis tous les ingrédients prescrits par le docteur Coué pour procurer à ses patients le confort mental nécessaire à leur bien-être. Et elles le font avec une prodigalité qui confine au gaspillage. Pas un événement qui ne reçoive aussitôt les analyses et commentaires qu’il convient d’adopter pour échapper aux malfaisances des mauvais génies dont on n’a pas encore décelé les repaires. Pas une déclaration qui ne contienne les lumineux truismes qui...