Les opposants de l’ancien dictateur chilien Augusto Pinochet ne cachaient pas à Londres leur colère, après l’annonce de sa possible libération pour raisons de santé faite par le gouvernement britannique. Parmi les célèbres partisans du général, qui jubilaient, l’ancien Premier ministre britannique Margaret Thatcher, un de ses plus fervents soutiens depuis le début de l’affaire. «Je ferai confiance au jugement du ministre de l’Intérieur. C’est un homme très juste», a déclaré Mme Thatcher, qui avait auparavant vertement critiqué le ministre. L’ancien ministre des Finances conservateur, Lord Lamont, a aussi accueilli favorablement la décision. «Ce n’est pas rendre la justice que de juger un homme qui ne peut pas suivre les débats, qui ne peut assister à son procès et il ne fait aucun doute que le ministre de l’Intérieur acceptera cette recommandation (des médecins)», a-t-il déclaré à la BBC. Pour Helen Bamber, directrice de la Fondation pour les victimes de la torture, «toute décision par Jack Straw sur la remise en liberté du général Pinochet pour des raisons de santé devrait faire l’objet d’un nouvel examen». «Rien ne pourra enlever la douleur mentale et physique que supportent les Chiliens qui ont été torturés sous le régime de Pinochet», a-t-elle insisté. Carlos Reyes, un porte-parole des Chiliens en exil, a déclaré : «Nous éprouvons un sentiment d’horreur». «Je suis choqué que ce criminel soit sur le point d’échapper à la justice, car nous avons au Chili des personnes qui souffrent encore de son règne de terreur qui sont plus âgées que lui et qui sont en moins bonne santé que lui», a-t-il dit. «Qu’il échappe à la justice serait inouï». «Nous allons lancer un appel urgent à Jack Straw et lui demander : S’il vous plaît, s’il vous plaît, pensez aux Chiliens et à ceux qui sont plus âgés que Pinochet et qui souffrent encore». Une porte-parole d’Amnesty International a dit que l’organisation allait étudier le communiqué du ministère, mais elle a reconnu que toute personne avait le droit d’être en bonne santé pour assister à son procès. Kenneth Roth, directeur adjoint de Human Rights Watch, a déclaré son intention de vérifier la qualité des examens médicaux pratiqués mercredi dernier sur Augusto Pinochet par des médecins commis par le gouvernement. L’amertume était perceptible parmi les députés travaillistes. «C’est monstrueux. L’opinion publique britannique va réagir», a affirmé Diane Abbott. De son côté, Jeremy Corbyn s’est étonné : «Je pense que l’âge ne devrait pas être pris en compte. Les criminels de guerre nazis ont été traduits en justice quel que soit leur âge, alors pourquoi pas le général Pinochet ?» s’est-il demandé. La femme d’un Chilien disparu pendant la dictature a souhaité que le combat continue. «Nous avons perdu la bataille, mais pas la guerre», a-t-elle espéré. Mercedes Rojas, qui vit maintenant à Londres, n’a jamais revu son mari depuis son arrestation au Chili en 1982.
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