Les Tchétchènes peuvent réussir quelques coups d’éclat, comme la reprise annoncée lundi de villages près de Grozny, mais ces opérations, pour autant qu’elles soient confirmées, ne constituent pas encore une menace sérieuse pour Moscou. Un haut responsable tchétchène, Movladi Oudougov, avait annoncé lundi que les indépendantistes avaient repris le contrôle de quatre villages : Alkhan-Iourt, Alkhan-Kala, Krasnopartizanski et Koulari, à une dizaine de kilomètres au sud-ouest de Grozny, la capitale tchétchène assiégée. Mais hier, M. Oudougov a reconnu que les Tchétchènes avaient dû abandonner dans la matinée Alkhan-Iourt et Koulari pour se regrouper à Alkhan-Kala et Krasnopartizanski. Aucune source russe n’a confirmé ces informations. Des responsables militaires russes ont tout juste reconnu lundi soir des affrontements à Alkhan-Iourt, affirmant qu’ils avaient été provoqués par des combattants tchétchènes qui tentaient de fuir Grozny et de rompre l’encerclement russe. «Il n’est pas certain que les Tchétchènes aient pris ces villages. Mais, de toute façon, il faut s’attendre à ce genre d’opération», a déclaré un expert militaire russe, Pavel Felgenhauer. Déjà, en novembre dernier, les forces tchétchènes qui ne cessaient de perdre du terrain et cédaient coup sur coup les principales villes du pays, avaient annoncé une première contre-offensive dans l’est du pays. Pendant quelques jours, les Tchétchènes avaient repris aux Russes le contrôle d’Oïskhara, une ville de 25 000 habitants, avant de s’incliner à nouveau devant la puissance de feu de l’armée russe. Les audacieuses opérations lancées par les Tchétchènes aux abords de Grozny lundi ou en novembre dernier à Oïskhara rappellent cependant la vulnérabilité des forces russes y compris en «zones libérées» et préfigurent sans doute ce qui les attend dans les prochains mois. «La concentration de forces russes est telle que, finalement, Moscou va réussir à établir un contrôle formel sur le territoire tchétchène. Les difficultés commenceront après. Le plus désagréable viendra après ce que l’on appellera “la victoire”», met en garde Andreï Piontkovski, du Centre d’études stratégiques à Moscou. Movladi Oudougov a présenté l’opération dans les quatre villages proches de Grozny comme une tentative d’ouvrir un corridor pour faire parvenir des renforts à la capitale dont plusieurs quartiers sont déjà au moins partiellement contrôlés par les Russes. Face à l’énorme supériorité des Russes, en hommes et en matériel, les Tchétchènes semblent actuellement concentrer leurs opérations dans deux directions : défendre Grozny aussi longtemps que possible et regrouper le reste de leurs forces dans les zones montagneuses du sud, difficilement accessibles et plus favorables à une guerre de partisans. Quelque 100 000 hommes appartenant à l’armée russe et aux unités spéciales du ministère de l’Intérieur sont actuellement déployés en Tchétchénie, appuyés par des avions, des hélicoptères, des milliers de blindés, des canons et des lance-roquettes multiples.
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