Le départ soudain du président russe Boris Eltsine du pouvoir, qui n’a suscité qu’une demi-surprise à Washington, va apporter de nouveaux éléments d’incertitude dans des relations américano-russes déjà passablement tendues, selon les experts. Le président américain Bill Clinton est intervenu rapidement en public pour assurer les dirigeants russes que les États-Unis continueraient à coopérer avec l’ancien Premier ministre russe Vladimir Poutine, qui assure l’intérim de la présidence. M. Clinton voulait également rassurer les Américains affirmant que la transition à Moscou s’était déroulée «conformément à la Constitution» et constituait le dernier exemple des réalisations de M. Eltsine. De son côté, le porte-parole de la Maison-Blanche Joe Lockhart a tenu à souligner que, contrairement à ce qui se serait passé à l’époque de la guerre froide, les forces américaines déployées dans le monde n’avaient pas été mises en alerte, à l’annonce du départ du président russe. M. Clinton a eu dans la matinée un entretien téléphonique de vingt minutes avec M. Eltsine. Dans une déclaration à la presse dans les jardins de la Maison-Blanche, il a affirmé que les relations américano-russes durant la présidence Eltsine avaient été marquées par «des progrès réels pour nos deux peuples». Il a notamment insisté sur les mesures prises par la Russie en matière de dénucléarisation et sur la participation de Moscou aux opérations de paix dans les Balkans. «Je l’aimais bien», a-t-il déclaré en parlant d’Eltsine, «parce qu’il déplorait vraiment le communisme qu’il avait vécu et vu à l’œuvre, et qu’il croyait que la démocratie est le meilleur système. Je crois que c’était un sentiment qu’il ressentait dans les moindres fibres de son corps». Mais M. Clinton, qui n’a plus lui-même qu’une année au pouvoir, aura sans doute du mal à établir avec M. Poutine les mêmes relations qu’il avait avec Boris Eltsine. M. Poutine n’est cependant pas un inconnu pour le président américain et ils se sont déjà rencontrés plusieurs fois. Les États-Unis, pour qui le maintien de la stabilité politique en Russie et la poursuite des réformes entamées par Boris Eltsine constituent les préoccupations essentielles, misent sur une victoire de Vladimir Poutine aux présidentielles de mars prochain. Mais les relations passablement tendues entre les deux pays n’encourageront pas le développement rapide de leurs relations personnelles, d’autant que M. Poutine est l’architecte de l’offensive militaire russe en Tchétchénie, que Washington a dénoncé. Les discussions sur les questions stratégiques – et notamment la modification du traité ABM sur les missiles antiballistiques que souhaite Washington contrairement à Moscou –, constitueront un test pour les relations entre MM. Clinton et Poutine. Pour Richard Pipes, un ancien conseiller présidentiel pour la sécurité nationale, les changements en Russie «n’augurent pas très bien» pour l’avenir. «Poutine n’est pas communiste mais il n’est pas non plus démocrate. C’est essentiellement un apparatchik. Il n’a pas les mêmes qualités d’homme d’État qu’Eltsine et il sera plus difficile pour Bill Clinton et le prochain président (américain) de s’entendre avec lui». «Poutine est un homme qui a bâti sa réputation sur la campagne de Tchétchénie et ce n’est certainement pas une raison de se réjouir» estime de son côté David Kramer, responsable du département Russie-Eurasie à la Fondation Carnegie pour la paix internationale. À l’opposé, le secrétaire à l’Energie Bill Richardson a affirmé à la chaîne de télévision NBC, que les États-Unis n’avaient «pas de raison de s’inquiéter» du changement politique survenu à Moscou.
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