Inlassable pourfendeur des intérêts corporatistes et avocat des consommateurs, le candidat du petit parti des Verts, Ralph Nader, est un empêcheur de tourner en rond qui a le don d’agacer la classe politique américaine. Mince, les cheveux grisonnants, ce Don Quichotte de la politique américaine est un récidiviste : en 1996, candidat des Verts pour la première fois, il avait recueilli 1 % des voix. Cette année, les sondages le créditent d’environ 4 % des intentions de vote, loin devant le candidat ultraconservateur du Parti de la réforme, Pat Buchanan. Pour la deuxième fois, Ralph Nader cherche à «insuffler un message puissant» face aux candidats de «l’establishment», le républicain George W. Bush et le vice-président démocrate Al Gore, dénonçant sans relâche le duopole des «démrép» (démocrates-républicains). Compte tenu de l’étroitesse de la marge qui sépare les deux grands candidats dans les sondages, Ralph Nader pourrait ravir des voix précieuses à Al Gore, qu’il déborde sur sa gauche, notamment dans l’État clé de Californie, territoire de prédilection du militant vert qui y recueille 9 % des intentions de vote. Cet avocat de 66 ans, à l’allure inchangée – démodée selon certains – depuis qu’étudiant, il tentait d’empêcher que les arbres du campus de son université soient traités au DDT, a sillonné durant la campagne électorale les 50 États américains pour se faire entendre. Mais il n’a pas eu le droit de participer aux débats télévisés, regardés par près de 30 millions d’Américains, seuls les candidats recueillant 15 % des intentions de vote étant autorisés à s’y exprimer. Ce partisan d’un financement public des élections a donc dû se contenter, à chaque débat, d’organiser sur place une manifestation de protestation en s’insurgeant contre «le fossé démocratique» qui, selon lui, ne permet pas à un candidat d’accéder aux ondes publiques dans son propre pays. Face au concept du vote utile, il réplique : «Pourquoi gaspiller nos voix pour deux partis qui ont gaspillé notre démocratie pendant des années», et insiste sur le fait que voter pour lui peut être utile, en servant d’avertissement aux grands partis qui dominent le débat. Ralph Nader s’était rendu célèbre en 1965 par la publication d’un ouvrage, Unsafe At Any Speed, dans lequel il accusait l’industrie automobile de ne pas se soucier de la sécurité. Ce célibataire, réputé quasi ascétique, mène alors des actions pour lutter contre les abus, à la tête de jeunes étudiants et avocats, les «Nader Raiders». Au fil des ans, il fonde un réseau d’organisations surveillant notamment l’environnement, l’alimentation, les problèmes de santé. Son combat de plus de 30 ans a eu des résultats concrets comme le port des ceintures de sécurité dans les voitures ou la loi sur la liberté de l’information.
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